Au Medef, la guerre de tranchées s’intensifie

SOCIAL Les candidats déclarés à la succession de Laurence Parisot tirent à boulets rouges sur la patronne des patrons...

Mathieu Bruckmüller

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Laurence Parisot à Paris le 14 février 2012.
Laurence Parisot à Paris le 14 février 2012. — PRM/SIPA

Le ton monte au Medef. Alors que Laurence Parisot a confirmé vendredi dernier vouloir rester à la tête de l’organisation, les critiques pleuvent sur la patronne des patrons. «La situation est particulièrement tendue», décrypte Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail.

Car pour arriver à ses fins, Laurence Parisot a demandé une modification des statuts qui l’empêche de se représenter lors des élections prévues cet été. Après un premier mandat de cinq ans, elle a rempilé en 2010 pour un deuxième bail de trois ans. Entre prolonger ce dernier de deux ans ou se présenter pour être réélue, elle assure ne pas avoir choisi. Mais ses adversaires qui se verraient bien prendre sa place sont, dans tous les cas, vent debout contre un éventuel changement de statut au dernier moment.

«Un risque pour la démocratie du Medef»

Des reproches qu’elle balaie du revers de la main. «Ma motivation est liée à la situation de notre pays, à son avenir, et au rôle potentiellement décisif des entrepreneurs», a plaidé Laurence Parisot dans un entretien au Monde. Une décision «antidémocratique», a tonné Pierre Gattaz, candidat déclaré à la présidence du Medef, mardi, sur LCI. «Il y a un vrai risque pour la démocratie du Medef mais aussi pour l’image et l’exemplarité que l’on donne. Laurence Parisot a ouvert une boîte de Pandore et je pense qu’il faut vite qu’elle la referme pour stabiliser l’image du Medef mais aussi retrouver une certaine sérénité», a-t-il récemment expliqué à 20 Minutes.

Les autres prétendants Thibault Lanxade, patron de la PME Aqoba, Geoffroy Roux de Bézieux, de Virgin Mobile et Jean-Claude Volot, ancien médiateur du crédit ne sont pas en reste. Le premier se déclare surpris par le timing et la méthode: «Le comité statutaire du Medef qui doit rendre sa décision sur l’autorisation de cumul d’un troisième mandat n’a pas encore été rendu. Est-ce un moyen de pression? Toujours est-il que je ne suis pas favorable au changement de statuts d’une organisation démocratique à la veille d’une élection», a-t-il indiqué à 20Minutes.

Le sens tactique de Laurence Parisot

Malgré le pilonnage en règle de ses opposants, Bernard Vivier qui s’interroge sur la justification de la candidature de Laurence Parisot, loue son sens tactique dans cette bataille: «Elle est montée très tôt sur le ring afin de disqualifier ses concurrents» et notamment Frédéric Saint-Geours, le puissant président de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie qui pourrait se lancer dans la course dans les jours à venir. Une façon de leur dire: «Venez me chercher!» ajoute Bernard Vivier également professeur à la Faculté libre d'économie et de droit de Paris pour qui le combat de Laurence Parisot, dans cette guerre d’usure est loin d’être perdu.

Mais ses nerfs seront soumis à rudes épreuves. Pour preuve, selon Le Figaro de ce mardi, le comité éthique du Medef se serait montré très réservé sur la volonté de Laurence Parisot de modifier les statuts. Même si ce dernier n’est pas apte à régler le fonctionnement interne du Medef contrairement au comité statutaire qui doit prochainement remettre ses recommandations. Charge ensuite au conseil exécutif et à ses 45 membres de décider, ou non, le changement de statuts avant une éventuelle ratification de la décision par les 561 membres de l’assemblée générale à la majorité des deux tiers.

Autant d’obstacles qui jusqu’à l’épilogue de ce psychodrame familial, risquent de fragiliser encore un peu plus le Medef face à la montée en puissance de la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises et de l’Union professionnelle artisanale. «Il y a des fissures, mais pas de risque d’explosion, selon Bernard Vivier pour qui le Medef restera encore au centre du jeu patronal.» Ce dernier a cependant tout intérêt à se ressouder au plus vite et limiter les divisions face aux syndicats au moment où l’exécutif fait le pari du dialogue social pour réformer la France.