Diesel: A qui profiterait vraiment une limitation de ce carburant?

Céline Boff

— 

Pompes à essence dans une station-service de Nancy en mai 2011.
Pompes à essence dans une station-service de Nancy en mai 2011. — POL EMILE/SIPA

Comment sortir du diesel, ou en tout cas limiter le nombre de véhicules anciens roulant grâce à ce carburant? C’est la question que se pose le gouvernement. Si une hausse de la fiscalité est une piste de plus en plus envisagée, une autre solution est également à l’étude: la création d’une aide à la conversion. Elle a notamment été évoquée ce dimanche par Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, au micro d’Europe 1.  

Si le principe est d’aider les propriétaires des véhicules diesel les plus anciens à renouveler leur automobile, la question est de savoir vers quoi les diriger. Faut-il favoriser seulement les voitures neuves carburant à l’essence ou également les véhicules neufs roulant au diesel tout en respectant les dernières normes? Les véhicules d’occasion essence seront-ils concernés? Si la prime à la conversion se confirme, le gouvernement devra trancher.

Santé publique et environnement, premiers bénéficiaires

Et une autre question se pose: à qui profiterait réellement la limitation de ce type de motorisation en France? D’après les anti-diesel, le premier bénéficiaire serait l’environnement. Car ces moteurs, notamment ceux produits jusqu'en 2011, demeurent les premiers contributeurs de particules fines.

Les limiter améliorerait donc la qualité de l’air et par conséquent la santé publique. Ce que confirme d’ailleurs l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a classé le diesel parmi les substances cancérogènes pour l'homme. Des études estiment même que ce carburant pourrait être responsable chaque année de la mort prématurée de 42.000 personnes en France.  

Un argument que les constructeurs cherchent à relativiser. Lors du dernier Mondial de l’automobile, Guillaume Faury, directeur de la recherche et du développement chez PSA Peugeot Citroën, affirmait à 20 Minutes que «le changement de réglementation européenne impose depuis 2011 des systèmes de dépollution, filtres à particules et systèmes de catalyse» et qu’aujourd’hui «les moteurs diesel rejettent des particules solides en plus petite quantité et émettent moins de CO2 que les moteurs à essence», ajoutant que PSA «développe même actuellement un nouveau système baptisé SCR qui permettra de diminuer les émissions d’oxyde d’azote des moteurs diesel».

Le raffinage et l’Etat français ont aussi à y gagner

Une limitation des motorisations diesel profiterait sans nul doute au raffinage français. Qui est pour l’heure particulièrement affaibli: si la France comptait 24 raffineries en 1970, seules huit sont encore en activité aujourd’hui. «Nos raffineries produisent principalement de l’essence alors que les Français consomment surtout du diesel. Résultat: nous exportons notre production, parfois moins cher aux Etats-Unis, et nous importons notre consommation. C’est une situation absurde», expliquait à 20 Minutes Thomas Porcher, économiste à l'ESG-Management School et spécialiste du pétrole.

Un abandon progressif du diesel au profit de l’essence profiterait enfin à l’Etat. Plus précisément à ses finances. En effet, les taxes sur le gazole pèsent actuellement 0,65 euro par litre en moyenne contre 0,86 euro pour l'essence. Si les automobilistes troquent leurs véhicules diesel contre des voitures essence, ils verseraient donc davantage d’argent à l’Etat.

D’après la Cour des comptes, la taxation plus faible du diesel entraînerait un manque à gagner de près de 7 milliards d’euros par an pour les caisses de l’Etat. Rappelons que les motorisations diesel représentent 60% du parc automobile et que les véhicules diesel les plus anciens pèsent pour 27% du parc en circulation.