Grande-Bretagne: La Bourse ignore la perte du triple A

avec AFP

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La réaction des marchés à la dégradation de la note du Royaume-Uni par Moody's restait globalement modérée lundi, la Bourse ignorant la perte du triple A par le pays, mais la livre sterling se retrouvait toutefois toujours sous pression.
La réaction des marchés à la dégradation de la note du Royaume-Uni par Moody's restait globalement modérée lundi, la Bourse ignorant la perte du triple A par le pays, mais la livre sterling se retrouvait toutefois toujours sous pression. — Justin Tallis AFP

Pas de panique sur les marchés britanniques lundi. Alors que l'agence Moody's a abaissé vendredi soir d'un cran la note de la dette du pays à «Aa1» en raison de la faiblesse de ses perspectives de croissance et que Standard & Poor's et Fitch envisagent de l'abaisser également, la Bourse de Londres a ouvert en nette hausse lundi matin. Vers 11h20, l'indice FTSE-100 des principales valeurs prenait 0,49%.

«Conséquences économiques limitées»

«Les conséquences économiques (...) seront limitées, en grande partie parce que les marchés ont déjà anticipé un abaissement de la note et parce que la perte du triple A ne constitue plus un stigmate, comme cela aurait pu l'être il y a quelques années», a commenté Howard Archer, économiste du cabinet IHS Global Insight.

Les Etats-Unis et la France ont ainsi déjà été privés de leur AAA sans que cela n'ait de conséquences économiques graves.

«La nouvelle n'était absolument pas inattendue et la livre a naturellement faibli pendant le week-end et lundi matin mais pas autant que beaucoup pouvaient le penser», a ajouté Angus Campbell, analyste chez Capital Spreads.

Repli de la livre sterling à double tranchant

La devise britannique est ainsi tombée en début d'échanges asiatiques à de nouveaux plus bas niveaux depuis juillet 2010 face au dollar (1,5073 dollar pour une livre) et depuis octobre 2011 face à l'euro (87,74 pence pour un euro).

La devise accentuait ainsi un mouvement de repli initié la semaine précédente par les spéculations sur la perte du «triple A» et par la perspective de voir la Banque d'Angleterre (BoE) procéder à de nouveaux rachats d'actifs.

Cet affaiblissement de la livre est à double tranchant: il a l'avantage d'améliorer la compétitivité à l'exportation mais renchérit les importations et risque d'encourager encore l'inflation, déjà substantielle.

La hausse des prix accroît la pression sur les finances des ménages britanniques, déjà sous la pression du plan d’austérité gouvernemental. Si elle se poursuit, elle pourrait aussi compliquer la tâche de la Banque d'Angleterre (BoE) pour soutenir l'économie britannique par le biais de rachats d'actifs.

Mais la banque centrale, qui aura à sa tête le canadien Mark Carney cet été, a cependant récemment indiqué qu'elle était prête à laisser l'inflation fluctuer un certain temps autour de son objectif de 2%.

Tension modérée sur les taux d'emprunt

Du côté des obligations, les taux à dix ans des emprunts britanniques (Gilt) ne se tendaient que modérément lundi matin sur le marché de la dette européenne. A 09H00 GMT, le taux à dix ans de la dette britannique s'inscrivait à 2,144% contre 2,109% vendredi sur le marché secondaire.

«La sérénité sur le marché des Gilts est largement la conséquence du fait que le Royaume-Uni peut imprimer sa propre monnaie et par conséquent éviter de faire défaut sur sa dette», soulignent les analystes de HSBC.

La principale conséquence immédiate était d'ordre politique, la décision de Moody's sonnant comme un camouflet pour le Premier ministre conservateur David Cameron et son ministre des Finances George Osborne, qui s'étaient engagés à protéger la note du Royaume-Uni.

Le gouvernement, qui doit présenter son budget le 20 mars, a aussitôt promis de poursuivre sa politique d’austérité, accusée de tuer la croissance par l'opposition travailliste, et minimisé la portée de l'évènement.

«La perte de la note AAA met la pression sur M. Osborne pour trouver de nouvelles idées dans le budget afin d'encourager la croissance», alors que le pays est guetté par une nouvelle récession, a souligné M. Archer.