Polémique sur Goodyear: Les salariés français, une si mauvaise affaire?

INVESTISSEMENT Dans une lettre au vitriol adressée à Arnaud Montebourg, le patron du groupe américain Titan justifie le retrait de son offre de reprise de Goodyear Amiens-Nord par la fumisterie des ouvriers français...

Claire Planchard

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 Dans l'usine du groupe américain Mars à Haguenau, près de Strasbourg.
 Dans l'usine du groupe américain Mars à Haguenau, près de Strasbourg. — BISSON/JDD/SIPA

«Les salariés français [de l’usine] touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. Je l'ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m'ont répondu que c'était comme ça en France». A en croire la lettre du patron américain de Titan, il faudrait donc être vraiment «stupide» pour aller gaspiller son argent en investissant en France.

Les Américains premiers investisseurs étrangers dans l’Hexagone

N’en déplaise à Monsieur Taylor, un habitué des clichés xénophobes en matière de business, ses concitoyens doivent être de bien stupides investisseurs. Selon l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), les Américains ont en effet regagné en 2011 le premier rang des investisseurs étrangers en France avec 149 décisions d’investissement, contre139 en 2010 (21% de l’ensemble des nouveaux investissements étrangers créateurs d’emploi).

En 2012, le géant de la distribution Amazon a même ouvert deux nouveaux centres logistiques en France, avec à terme 3.500 emplois à la clé. Le spécialiste des confiseries américain Mars a quant à lui choisi d’investir 40 millions d’euros dans son site alsacien d'Haguenau, au détriment de son site polonais de Janaszowek, près de Varsovie, en Pologne… Où les coûts horaires sont pourtant 5 fois moins élevés.

Des ouvriers français flexibles et productifs

Autre cliché battu en brèche, ce ne sont pas seulement l’excellence de nos ingénieurs et le généreux crédit d’impôt recherche que les étrangers viennent chercher sur le sol français. «Cette croissance est liée à la forte progression des investissements dans la fonction de production (+ 75% par rapport à 2010), en particulier dans les secteurs des médicaments et biotechnologies appliquées, équipements médicaux, chimie et plasturgie, matériels aéronautiques et ferroviaires», expliquait en mars l’AFII.

Au total, en 2011, l'Hexagone était même le pays d'Europe qui attirait le plus d'implantations industrielles.

Et la France ne déçoit pas: si 66% des chefs d'entreprise internationaux sondés la jugent attractive, une fois installés, ils sont 82% à la plébisciter. Interrogé par l’AFII en 2011, Didier Michaud-Daniel, alors PDG de l’ascensoriste américain OTIS, présent en France depuis 1888 mais aussi dans 200 pays à travers le monde, le confirmait: «Comme notre métier est le même partout, nous pouvons facilement comparer la productivité d'un pays à l'autre. Quand je regarde les chiffres, la productivité de la France est sans conteste très bonne. C'est probablement un de ses plus grands attraits.»