Goodyear: Le patron de Titan tacle les ouvriers français dans une lettre

Nicolas Bégasse

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Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, le 5 novembre 2012 au siège de Renault, à Paris.
Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, le 5 novembre 2012 au siège de Renault, à Paris. — Jacques Brinon/AP/SIPA

Il y a une semaine, la violence était dans la rue, quand des salariés de Goodyear avaient manifesté face aux CRS devant le siège de la société de production de pneus, dans les Hauts-de-Seine. Mais ce mardi soir, on apprend que la violence peut aussi se cacher dans une lettre.

En l’occurrence, celle envoyée le 8 février par le PDG du groupe américain Titan, un temps considéré comme repreneur potentiel de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord menacée de fermeture, au ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg. Dans le courrier, mis en ligne par le site des Echos mardi soir, le PDG de Titan Maurice M. Taylor Jr explique les raisons qui l’amènent à penser que la reprise de l’usine n’est pas un bon projet pour son groupe, en termes peu diplomatiques. Jugez plutôt: «Les salariés français [de l’usine] touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. Je l'ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m'ont répondu que c'était comme ça en France.»

 

 

«Pensez-vous que nous sommes stupides?»

Suit, toujours en anglais, une critique acerbe de l’état de l’industrie du pneu française et de la compétence du gouvernement en la matière. Âprement, le patron de Titan continue d’expliquer qu’il n’a rien à gagner dans ce que lui propose Arnaud Montebourg, à savoir la reprise de l’usine: «Pensez-vous que nous sommes stupides? Titan a l’argent et le talent pour produire des pneus. Qu’ont les syndicats fous? Ils ont le gouvernement français.» Et après avoir annoncé son intention d’acheter une usine chinoise ou indienne pour «payer moins d’un euro de l’heure en salaire et envoyer ensuite les pneus en France», Taylor conclut sans surprise: «Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens-Nord.»

La mise en ligne par les Echos du courrier donne une nouvelle saveur aux propos d’Arnaud Montebourg qui, la semaine dernière, peu après avoir reçu la lettre, avait sobrement indiqué que Titan avait fait savoir au gouvernement «qu'il ne reviendrait pas à la table des négociations».

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