Ouigo: «La SNCF réinvente la troisième classe», selon la CGT

Céline Boff

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Présentation du nouveau train TGV «OuiGo» low cost de la SNCF, à Paris le 19 février 2013.
Présentation du nouveau train TGV «OuiGo» low cost de la SNCF, à Paris le 19 février 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Des charmantes hôtesses vêtues de blousons roses jusqu’aux petits fours et aux paniers déjeuner, la SNCF avait tout prévu pour accueillir la presse et lui présenter en grande pompe sa nouvelle offre low-cost ce mardi. Mais certainement pas ça: la présence, sur le parvis de la gare de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne), d’une cinquantaine de syndicalistes CGT.

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Les drapeaux rouge et blanc flottant dans le vent, ils attendent, tracts à la main, les dizaines de journalistes acheminés depuis Paris via des cars iDBUS. Les hôtesses hèlent les reporters pour tenter de les faire contourner cette mobilisation. «Mesdames, messieurs, c’est par ici!» clament-elles. Peine perdue. Les caméras, les appareils photo, les micros et les stylos captent déjà la colère de ces cheminots.

Comme celle de Jonathan Seigneur: «Je travaille au matériel, je m’occupe de l’entretien. Il faut savoir que ces TGV low-cost auront des pas de visite réduits: un TGV classique est révisé tous les 50.000 à 60.000km et là, ce sera tous les 100.000 à 120.000km. C’est loin d’être une révolution!» «Ces accusations sont fausses. Nous n’avons pas rogné sur la sécurité. Les TGV Ouigo rentreront, comme les TGV classiques, chaque soir au Technicentre de Lyon Gerland, où ils seront révisés. La seule différence, c’est qu’ils rouleront davantage dans la journée», s’agace un responsable communication de la SNCF. Les TGV Ouigo rouleront en moyenne deux fois plus.

«Cette offre n’est pas destinée aux Parisiens»

Au premier étage de la gare de Marne-la-Vallée, située juste en face du parc de Disneyland Paris, le café coule à flot. La compagnie ferroviaire n’a pas choisi cette gare de Seine-et-Marne par hasard: Marne-la-Vallée sera le point de départ et d’arrivée de «Ouigo» pour la desserte de la région parisienne. Ce qui fait grincer des dents certains journalistes. «Bravo l’accessibilité!» plaisantent-ils, tandis que Guillaume Pépy, le patron, fait son entrée sous les flashes des photographes.

«Cette offre n’est pas destinée aux Parisiens. Pour une fois, nous n’avons pas donné la priorité à ceux qui résident à l’intérieur du périphérique et qui bénéficient déjà de toute l’offre possible, mais aux quatre millions de Français qui vivent en périphérie de la capitale», martèle-t-il.

«Nous voulons faire préférer le train à ceux qui prennent encore leur voiture. La question du prix est primordiale. Le TGV français est le moins cher d’Europe. Son coût est inférieur de 20 à 30% à celui pratiqué en Allemagne ou en Espagne, mais 90% des Français attendaient que la SNCF fasse un effort supplémentaire», poursuit Guillaume Pépy. D’où l’offre Ouigo, censée proposer des billets «30% moins chers». S’ils démarrent effectivement à un prix mondialement imbattable, à 10 euros, ils peuvent toutefois monter jusqu’à 85 euros, hors option –tel qu’un bagage supplémentaire par exemple.

«La SNCF réinvente la troisième classe»

Après la conférence de presse, les journalistes sont invités à découvrir les rames Ouigo. Elles sont aussi colorées qu’un dessin animé Disney. Ou qu’une pouponnière: le bleu turquoise et le rose bonbon se déclinent jusque sur les sièges. Qui ne ressemblent ni à ceux de la première classe, ni à ceux de la deuxième, mais plutôt à ceux des TER. C’est le cas, ils ont seulement été un peu redessinés pour l’occasion.

Si le confort est donc inférieur à celui offert par un TGV classique, il est toutefois supérieur à celui proposé par une compagnie aérienne, dans la mesure où l’écartement entre les sièges est le même. Pour gagner de la place (1.268 sièges dans les TGV Ouigo, soit 20% de voyageurs en plus), la SNCF a sacrifié la voiture bar, limité les espaces bagages et elle propose une seule classe. «La troisième!» nargue la CGT dans son communiqué, précisant que «65 ans après sa suppression, la SNCF réinvente la troisième classe à grande vitesse».

Reste que les passagers qui parviendront à décrocher les meilleurs tarifs, soit 10 euros le billet, pourront se féliciter de voyager pour le coût le moins cher de la planète. En effet, même dans le TGV chinois, les prix commencent à 15 euros. A ce prix-là, il est sans doute moins difficile de supporter quelques désagréments, comme le nettoyage des wagons qui s’effectuera pendant le temps de transport. A 85 euros le billet, c’est plus discutable. Or, si quatre millions de billets Ouigo seront mis en vente cette année, seulement 1 million le seront à un prix inférieur à 25 euros.