L’acte 2 de la rigueur, c’est maintenant

BUDGET Croissance en berne, hausse des impôts, réduction des déficits, la France est-elle condamnée à cinq ans d’austérité?...

M.P. et M.B.

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Le ministère de l'économie à Bercy.
Le ministère de l'économie à Bercy. — JPDN/SIPA

C’est l’acte 2 de la rigueur. Après avoir fait porter l’essentiel du redressement des comptes publics sur les hausses d’impôts, près de 30 milliards d’euros en 2013, le gouvernement s’attaque à la partie la plus explosive: la baisse des dépenses. Pour un pays qui n’a jamais connu un budget à l’équilibre depuis 30 ans, l’exercice est douloureux. Le message du président de la Cour des comptes, Didier Migaud est clair: l’heure est aux économies

L’exécutif ne peut plus tirer sur la corde

Car le tour de vis de 1,4% du PIB entamé l’an dernier a porté sur les ménages et les entreprises pour les trois quarts. Le taux de prélèvements obligatoires, c'est-à-dire le rapport entre les impôts et cotisations sociales effectives payés par les ménages et les entreprises et reçus par les administrations publiques (Etat, Sécurité sociale, collectivités locales) par rapport au PIB, va atteindre 46,3% en 2013. Du jamais vu. L’exécutif ne peut plus tirer sur la corde au risque de casser encore un peu plus l’activité qui tourne au ralentit depuis cinq ans.

François Hollande a ainsi reconnu ce mardi que la prévision de croissance pour 2013 sur laquelle est bâti le budget ne pourra pas atteindre les 0,8% envisagé, enterrant du même coup sa promesse de campagne de ramener le déficit à 3% d’ici la fin décembre. A priori, la seule marge de manœuvre pour respecter l’engagement réitéré par le Premier ministre de présenter un budget équilibré d’ici la fin du quinquennat est de couper dans la dépense publique. Car l’ombre des marchés financiers, les investisseurs étrangers détiennent les deux tiers de notre dette, plane au-dessus de l’Hexagone.

Les marchés rodent

Pour l’instant, Paris profite d’un répit. «La France fait tout pour se faire remarquer, mais les marchés financiers ne remarquent rien», ironise Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis. Mais pour combien de temps ?  «La note de l’Etat français sera fortement dégradée dès le printemps prochain, avec forte augmentation des taux d’intérêt obligataires à la clé. Ce qui ne manquera évidemment pas d’aggraver encore le marasme économique», prédit l’économiste Marc Touati invitant le gouvernement à faire un virage à 180 degrés, vers «moins de fiscalité confiscatoire et moins de dépenses publiques de fonctionnement».

Adieu RGGP, bonjour MAP

Dans ce contexte, mercredi, Jean-Marc Ayrault convie ses ministres, qui recevront leur lettre de cadrage pour 2014 d’ici deux semaines avec des crédits en baisse d’au moins quatre milliards d’euros, pour plancher sur la modernisation de l’action publique (MAP), le relais de la révision générale des politiques publiques (RGPP) marquée par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite .

Or, jusqu’ici l’exécutif s’est montré très flou sur les quelques 70 milliards d’euros qu’il entend économiser d’ici cinq ans. Il avance à petits pas, à coups d’audits (40 dans le cadre de la MAP) et de concertation afin de s’attaquer à l’ensemble des dépenses de l’administration, de la Sécurité sociale et des collectivités locales. Dans les deux ans à venir, les dotations de ces dernières vont baisser de 4,5 milliards d’euros. Le maquis des aides aux entreprises évaluées entre 60 et 100 milliards d’euros par an devra être revu.

>> Faut-il fiscaliser les allocations familiales?

Des réformes en rafale

Les Français doivent s’attendre aussi à une nouvelle réforme des retraites dont le déficit pourrait dépasser les 20 milliards d’euros d’ici à 2020, idem sur la question de l’indemnisation chômage et des prestations familiale dont le trou avoisine les trois milliards d’euros. Des mois, voire des années difficiles pour les Français en perspective. Et qui font craindre à Eric Heyer, économiste de l’OFCE que l’excès d’austérité, en temps de récession, sur l’ensemble du vieux continent conjugué à une politique monétaire inefficace et l’impossibilité d’effectuer des dévaluations compétitives, ne casse encore plus l’activité rendant encore plus difficile la réduction des déficits.

Convaincre Bruxelles

Pour sortir de ce cercle vicieux, il plaide pour un tour de vis limité à 0,5% du PIB, comme le permet les traités européens et non 1,5% comme aujourd’hui. Il prend en modèle les Etats-Unis qui ont fait le pari de desserrer l’étau de la rigueur, permettant à la croissance de repartir. Un coup de poker que la France devrait jouer selon lui.

Un message auquel n’est pas insensible le président de la République, parti en croisade à Bruxelles pour obtenir un délai à la Commission européenne sur la réduction des déficits alors que même le FMI prône un relâchement de la rigueur budgétaire. Le risque sinon: Que l’Europe meure guérie.