Allocations familiales: La gauche brise à nouveau un grand tabou de la politique

SOCIAL L'idée de fiscaliser ou de plafonner ces aides divise à gauche comme à droite...

Alexandre Sulzer

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Les allocations représentent 
12,43 milliards d'euros pour l'Etat.
Les allocations représentent 12,43 milliards d'euros pour l'Etat. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Pour le porte-parole du PS, David Assouline, le débat sur la fiscalisation des allocations familiales, une piste du gouvernement pour augmenter les recettes de l'Etat, n'est «pas tabou». Pas si sûr. En septembre 2011, une proposition similaire de Bruno Le Maire avait fait bondir à droite. Et obligé celui qui était alors en charge de l'élaboration du programme de Nicolas Sarkozy d'enterrer son idée fissa.

Lionel Jospin, lui, avait conditionné en 1997 l'attribution d'allocations familiales à des ressources financières, une idée également sur le bureau de Jean-Marc Ayrault. Mais avait dû renoncer face à la pression de l'opinion publique. «Je ne dis pas que la politique familiale doit être exonérée de toute réflexion. Mais alors dans un plan d'ensemble qui impliquerait par exemple les fraudes liées à la majoration du RSA pour parent isolé», confie le député (UMP) Hervé Mariton.

«Le caractère universel serait remis en cause.»

«Le gouvernement se précipite sur la question des prestations familiales, car il vise en réalité les familles nombreuses des classes moyennes. Or, il n'y a pas de raison qu'elles soient les principales victimes de la politique du gouvernement. La politique familiale est une force, c'est un élément puissant de notre pacte social, faisons attention à ne pas casser ce qui marche.» Des propos pas si éloignés de ceux de François Kalfon, secrétaire national du PS et animateur de la Gauche populaire. «Fiscaliser les allocations correspond à une logique très “bercyste” de chercher de l'argent partout. Demander des efforts indistinctement à la classe moyenne, pour moi, c'est non.»

Plafonner les allocations en fonction des ressources ne permettrait-il pas d'éviter cet écueil? «Pourquoi pas, mais attention: la politique de la famille n'est pas qu'une politique de la redistribution, c'est aussi une politique nataliste qu'il ne faut pas perdre, car elle est un succès certain.» Même au Parti communiste, la mise sous condition de ressources est vertement critiquée: «Le caractère universel, fondement même de la politique familiale, serait donc remis en cause.» Lundi sur RTL, Pierre Moscovici a indiqué: «Je ne vais pas improviser là-dessus, il y a actuellement une mission qui a été confiée à (...) Bertrand Fragonard, qui rendra ses conclusions au Premier ministre. Ensuite, nous prendrons nos décisions.»