Viande de cheval: Spanghero tacle le gouvernement, qui lui répond

CRISE «La magouille vient d'ailleurs. Le gouvernement est allé un peu vite», prévient le patron de Spanghero, mis en cause dans le scandale de la viande de cheval...

Avec Reuters

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L'entrée de l'usine Spanghero, à Castelnaudary (Aude), le 10 février 2013.
L'entrée de l'usine Spanghero, à Castelnaudary (Aude), le 10 février 2013. — R. GABALDA / AFP

En réponse au patron de Spanghero, le ministère de l'Agriculture défend une «mesure juste et proportionnelle».

Le président de l'entreprise française Spanghero S.A, mise en cause dans le scandale de la viande de cheval en Europe, avait estimé plus tôt ce vendredi que le gouvernement était «allé un peu vite» en l'accusant et que «la magouille venait d'ailleurs».

Le ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon, a réaffirmé sur Europe1 que suffisamment d'éléments avaient été réunis contre la société de Castelnaudary (Aude), soupçonnée d'avoir vendu de la viande de cheval pour du boeuf, afin de prouver «a minima de très grosses négligences».

Le vice-président de la marque dit avoir la preuve de son innocence

Il a toutefois ajouté que la société française, maillon d'un trading européen de viande, n'était probablement pas la seule responsable et a évoqué «le volet néerlandais». Est-ce qu'il y a une complicité, un lien avec le trader néerlandais? «Je n'en sais rien à cette étape et cela dépend des investigations des autorités néerlandaises», a dit Benoît Hamon.

La viande de cheval retrouvée dans des préparations culinaires censément à base de boeuf était d'origine roumaine et avait transité par un trader chypriote, puis néerlandais, avant d'être redirigée par Spanghero vers la filiale luxembourgeoise du français Comigel, sous-traitant de Findus et de «marques distributeur» de plusieurs enseignes de grande distribution en Europe.

Comigel, qui avait décidé du retrait des produits surgelés suspects (lasagnes, chili con carne), a affirmé jeudi soir que la tromperie était indétectable à son niveau, ce que met en doute Benoît Hamon. «Je ne sais pas qui c'est, mais ce n'est forcément pas nous. Je suis sidéré. Je pense qu'on va faire la preuve de notre innocence», a déclaré vendredi le patron de Spanghero, Barthélémy Aguerre, sur Europe 1.

La magouille vient d'ailleurs

Le premier vice-président de la coopérative basque Lur Berri, qui détient 90% du capital de Spanghero depuis 2009 et deux autres filiales (Arcadie et Labeyrie), assure détenir la preuve de son innocence. «Moi, je l'ai depuis qu'on a eu le problème : on a analysé des pains de viande, et on a trouvé dans certains du boeuf et du cheval mélangé, ce qui prouve bien que ce n'est pas Spanghero qui fait la magouille», a-t-il dit.

«La magouille vient d'ailleurs. Le gouvernement est allé un peu vite», a-t-il souligné. Benoît Hamon a déclaré jeudi qu'il n'y avait pas de raison de douter de la bonne foi de la société roumaine qui a fourni la viande de cheval, correctement étiquetée selon le ministre.

«On a une palette sur laquelle on a retrouvé du boeuf et du cheval. Et nous n'avons pas touché les palettes. C'est bien une preuve, a plaidé Barthélémy Aguerre sur RTL. Pour nous, on a acheté de la viande de boeuf, on a vendu de la viande de boeuf. Il y a des étiquettes que nous avons reçues, nous les avons interprétées comme étant de la viande de boeuf», a-t-il insisté.

«Le chômage à perpétuité qui se profile»

«Je suis atterré par ce qui a été dit par le gouvernement. Ça a été totalement imprudent», a-t-il ajouté, estimant que les déclarations de Benoît Hamon mettaient «en grande difficulté l'entreprise et les quelque 300 personnes qui y travaillent». L'entreprise Spanghero, qui précise dans ses communiqués employer 331 personnes, a été fondée en 1970 par les anciens rugbymen Claude et Laurent Spanghero, frères de l'international Walter Spanghero.

«La famille Spanghero n'a rien à voir» avec ce dossier dont la justice a été saisie, a déclaré vendredi Benoît Hamon. Laurent Spanghero a fait valoir vendredi le péril que cette affaire représente pour les salariés de l'entreprise, revendue il y a quatre ans pour un franc symbolique afin de préserver les emplois. «C'est le chômage à perpétuité qui se profile, a-t-il estimé sur RTL. Pour nous, le déshonneur est déjà fait», mais «aujourd'hui, il faut absolument qu'on fasse tout pour sauver ces emplois».

Il faut savoir que ce département de l'Aude est un département sinistré. Nous sommes déjà à 14%-15% de chômage, beaucoup plus que la moyenne nationale, et nous étions le premier employeur du département de l'Aude», a dit Laurent Spanghero.

Garot se veut rassurant

L'agrément sanitaire a été suspendu pour la société dans l'attente d'une enquête de la brigade vétérinaire qui pourrait aboutir au retrait définitif de l'agrément. "C'est une catastrophe", dit le cofondateur de l'entreprise.

Le ministre délégué à l'Agroalimentaire, Guillaume Garot, a assuré vendredi sur France Info que l'Etat mettrait tout en oeuvre «pour protéger les salariés et leur assurer un avenir».