Compétitivité : Le grand marchandage de Renault

AUTOMOBILE Le PDG reportera 30% de son salaire variable si l’accord est signé...

Claire Planchard

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Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan, le 14 février 2013 lors de la présentation des résultats annuels de Renault.
Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan, le 14 février 2013 lors de la présentation des résultats annuels de Renault. — Michel Euler/AP/SIPA

Chantage ou geste de bonne volonté ? Après trois mois de négociation, les tractations vont toujours bon train chez Renault pour obtenir la signature de l’«accord de compétitivité» destiné à réduire les coûts de ses usines françaises. Pressé par le gouvernement (actionnaire à 15%) de réduire sa rémunération, le PDG de Renault a décidé de mettre une partie de son salaire dans la balance. A ses conditions.

Profitant jeudi de la présentation de résultats annuels positifs, Carlos Ghosn a annoncé le report à 2016 de 30% de sa rémunération variable perçue au titre de 2012 «pour faciliter l'adhésion de tous à l'accord de compétitivité». Un report doublement conditionné : d’abord à la signature par les syndicats de l’accord prévoyant un gel des salaires en 2013, un allongement du temps de travail et une plus grande mobilité ; ensuite à la tenue par Renault de « l'ensemble de ses engagements», soit supprimer 8.260 emplois en France d'ici à 2016, sans fermeture de site ni plan social. «Ca va aider mais ce n'est pas suffisant», a réagi Arnaud Montebourg.


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«On est dans l’enfumage total», selon la CGT

Et ce nouveau marchandage ne convint pas plus les syndicats. «On est dans l’enfumage total. La méthode est assez détestable notamment parce que Carlos Ghosn ne renonce pas mais reporte seulement cette rémunération», estime Fabien Gâche, le négociateur de la CGT qui refuse de signer l’accord.

Selon nos calculs, les émoluments reportés ne devraient pas dépasser 429.300 euros. Une goutte d’eau, comparés aux  2,82 millions (variable et fixes) perçus au titre de 2011, mais surtout aux 9,9 millions d’euros versés pour sa présidence du constructeur japonais Nissan. « Avec ce geste individuel quelque chose est mis sur la table mais il faut maintenant enfoncer le coin», nuance  Fred Dijoux, négociateur de la CFDT qui demande l’indexation d’une partie des rémunérations des dirigeants sur des indicateurs de performance« Si nous en sommes là c’est aussi mais parce que des erreurs ont été commises » rappelle-t-il.