La France est-elle en dépression?

ECONOMIE La croissance a été nulle en 2012 selon l’Insee...

Mathieu Bruckmüller

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Bourses en berne 
Bourses en berne  — Petros Giannakouris/AP/SIPA

«Pas de Saint-Valentin pour la croissance française». Aux yeux de l’économiste Marc Touati, les chiffres de la croissance hexagonale dévoilés ce jeudi matin par l’Insee font mal.

L'économie française s'est en effet contractée de 0,3% au quatrième trimestre 2012 et enregistre sur l'ensemble de 2012 une croissance moyenne nulle, contre +1,7% en 2011, le plus mauvais résultat depuis 2009. «La claque est de taille», résume l’économiste en charge du cabinet ACDEFI. Et pour cause: la stabilité du niveau d’activité l’an dernier est tout sauf rassurante. Car dans le même temps, la population a progressé de 0,5%. Résultat: «La richesse produite par habitant a diminué», souligne Eric Heyer, économiste à l’OFCE. Et la productivité a continué d’augmenter de 1%. «Produire la même chose tout en étant plus productif entraîne une baisse du besoin de main-d’œuvre», poursuit-il.

Cercle vicieux

D’après l’Insee, 66.800 emplois ont été détruits en 2012, du jamais vu depuis trois ans. Et selon Coface, 62.000 entreprises ont fait faillite, un chiffre jugé «alarmant». Un cercle vicieux à l’origine de la flambée de 10% du nombre de demandeurs d’emploi l’an dernier (285.000 personnes en plus) recensés par Pôle emploi. Or pour commencer à créer des postes, l’économie française devrait croître de 1% et de 1,5% pour stabiliser le chômage. On en est loin.

La publication de l’Insee, en révisant ces données à la baisse pour les trois premiers mois de 2012, fait ressortir que la France a été en récession (deux trimestres consécutifs de recul de l’activité) au premier semestre avant d’y replonger au quatrième. «Même si la situation est, pour l’instant, un peu moins grave que dans les pays d’Europe du Sud, la France connaît donc aussi un "W", c’est-à-dire qu’après une première récession en 2009, puis une toute petite reprise en 2010-2011, une seconde récession est arrivée en 2012. Dans la mesure où cette dernière n’est pas près de se terminer, il est donc possible de dire que la France subit non plus une récession mais une dépression», analyse Marc Touati. En effet, explique Eric Heyer, en 2012, la France n’a toujours pas récupéré son niveau de production de 2007, un long tunnel de cinq ans jamais vu depuis 1945. Une situation qui, à l’exception de l’Allemagne, frappe tous les grands pays industrialisés, dont les Etats-Unis.

Hausse des déficits

Mais l’encéphalogramme plat de l’activité française a aussi une conséquence sur le déficit public avec une diminution des recettes fiscales de l’ordre de 1,5 milliard d’euros alors que le gouvernement tablait sur 0,3% de croissance annuelle pour ramener le déficit public à 4,5% du PIB en décembre dernier. «On est dans l’épaisseur du trait», nuance Eric Heyer. Au final, ce dernier objectif devrait être tenu, sachant que malgré la nouvelle dégradation de sa note, la France n’a jamais emprunté aussi peu cher sur les marchés.

Dans tous les cas, 2013 s’annonce encore plus noire. «D’ores et déjà, compte tenu de la forte baisse du PIB fin 2012, l’acquis de croissance pour cette année est négatif, en l’occurrence - 0,2 %. Cela signifie que même si le PIB français stagne au cours des quatre prochains trimestres, il reculera de 0,2 % sur l’ensemble de l’année 2013», signale Marc Touati. Pas étonnant que le gouvernement vienne d’enterrer ses objectifs de croissance (+0,8%) et de déficit (3%) pour cette année.