Didier Migaud, premier président 
de la Cour des comptes.
Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes. — PRM / SIPA

BUDGET

De coûteuses aberrations dans les dépenses de l'État

La Cour des comptes a dévoilé mardi son rapport annuel 2013...

«Pour arroser quelques parterres de fleurs, on irrigue tout un jardin.» Avec cette image, Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes, résumait bien, mardi, les conclusions de son volumineux rapport sur la gestion des finances publiques. Alors que l'objectif de réduction du déficit à 3 % du PIB à la fin 2013 est compromis par la crise, la Cour a répété que l'Etat ne peut plus compter essentiellement sur les hausses d'impôts pour redresser ses comptes. Il doit accélérer la baisse structurelle de ses dépenses et surtout s'assurer qu'elles « atteignent les objectifs qui leur sont assignés, au meilleur coût possible».

«Faire mieux avec moins»

Or, ce n'est pas toujours le cas, à en croire les 45 gaspillages décryptés dans son rapport 2013. Parmi les cas les plus criants, la destruction de 310 millions de pièces frappées en surnombre par la Monnaie de Paris pour un coût de 20, 5 millions d'euros ou l'organisation par la SNCF en 2011 d'un séminaire à Tanger (Maroc) pour un montant de 2,7 millions d'euros, soit «1.430 euros par jour et par personne».

De grandes réformes ont aussi manqué leurs objectifs, comme la création des médecins traitants en 2004, dont l'effort financier (600 millions par an) a «paradoxalement» davantage bénéficié aux spécialistes qu'aux généralistes.

Localement, la Cour pointe aussi les aberrations nées d'un manque de coordination: localisation inappropriée de la gare Lorraine TGV, qui pourrait entraîner la construction d'une autre gare à moins de 20 km pour 156 millions. Ou la coexistence de deux stations d'épuration à Corbeil-Essonnes et Evry (Essonne), dont le surcoût est évalué à plus de 11 millions. Face à cette gabegie, la Cour assure que «faire mieux avec moins de dépenses» est possible. «Un euro de dépense publique doit être considéré comme une denrée précieuse», a martelé Didier Migaud. Une «mobilisation de tous» qui seule évitera selon lui «les sacrifices importants ou arbitraires».