Lots de Moussaka surgelés Findus.
Lots de Moussaka surgelés Findus. — Christophe Ena/AP/SIPA

ALIMENTATION

Viande de cheval: La piste criminelle au coeur de l'enquête

Alors que la piste de l'étiquetage frauduleux semble privilégiée par les autorités sanitaires européennes, les mafias italiennes et polonaises sont montrées du doigt...

Les consommateurs européens auraient-ils été victimes du crime organisé? C’est ce que laissait entendre samedi le député Vert européen José Bové en dénonçant «une mafia de la viande»: «Il y a une espèce d'omerta totale sur la circulation des produits. Il n'y a pas de contrôle autre que bactériologique», expliquait-il au micro de France Info. «Donc comme le prix de la viande chevaline s'est effondré en Roumanie, parce qu'on interdit la circulation des chevaux sur les routes, il y a des affaires juteuses à faire».

En 2007, le gouvernement roumain avait en effet interdit la circulation sur les axes principaux des quelque 750.000 attelages que comptait encore le pays. Cette décision, destinée à lutter contre les accidents de la route, a conduit nombre de propriétaires à faire abattre leurs chevaux. Une ruée qui a fait chuter les cours de la viande chevaline.

Un gain frauduleux estimé à 300.000 euros par Bercy

En France, le gouvernement ne pointe officiellement aucune organisation. Une enquête a été diligentée et il revient à la DGCCRF de déterminer «pour la France, si la tromperie, sur la nature de la viande utilisée, relève d’une ou plusieurs négligences ou s’il y a une volonté manifeste d’enfreindre la réglementation pour un profit financier», expliquait dimanche soir le ministre délégué à la Consommation dans un communiqué. A ce stade, la piste de la fraude semble toutefois privilégiée. Dès samedi, Benoit Hamon indiquait même que cette opération relevait «avant tout d’une logique financière qui aurait rapporté plus de 300.00 euros».

«Le point de départ de cette histoire semble être un cas de fraude: apparemment quelqu’un quelque part à envoyer à un producteur de produits transformés un produit mal étiqueté. Déterminer si cela a été fait volontairement ou pas, c’est aux autorités nationales de le faire», résumait dimanche à 20 Minutes. Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire européen chargé de la santé et de la protection des consommateurs.

Les mafias italiennes et polonaises dans le collimateur de Londres

En Grande-Bretagne, où le scandale a éclaté, les responsables politiques ne font pas preuve de la même réserve. Le ministre de l'Environnement Owen Paterson, chargé des questions alimentaires, évoque déjà une probable «conspiration criminelle». Il s’est même déclaré prêt à faire intervenir l’agence en charge de la lutte contre le crime organisé  (Serious and Organised Crime Agency) si la fraude se confirmait à «l’échelle internationale».

Plus inquiétant encore, des experts au sein du secteur de l’abattage de chevaux ont rapporté au quotidien britannique The Observer qu’il y avait des preuves que les mafias italiennes et polonaises conduisaient une escroquerie de plusieurs millions de livres sterling visant à substituer de la viande de cheval à de la viande de bœuf au cours du processus de production alimentaire. «Il y a des allégations selon lesquelles des vétérinaires et autres officiels travaillant au sein des abattoirs et des usines agroalimentaires font l’objet de menaces pour étiqueter «viande de bœuf » ce qui est en réalité une viandes alternatives moins chère comme du porc ou du cheval», rapporte le journal. 

Selon un rapport parlementaire italien publié en janvier 2012, le crime organisé a mis la main en Italie sur des entreprises de l’ensemble de la filière agroalimentaire, des terres agricoles à la transformation, au transport et aux supermarchés. Des prises de contrôle qui lui rapporteraient 12,5 milliards d’euros par an,soit 5 à 6% de l’ensemble des activités criminelles du pays, rapporte Reuters.

Au-delà de la manipulation des prix, qui grève les revenus des producteurs agricoles et gonflent les dépenses des consommateurs, ces organisations seraient à l’origine de la transformation et de la vente chaque année 60 milliards d’euros de produits alimentaires étrangers de mauvaise qualité dissimulés sous des produits italiens de première qualité, comme du fromage, jambon ou d vin.