Viande de cheval: La question de la traçabilité au coeur du scandale

ALIMENTATION Du cheval remplace frauduleusement la viande de bœuf...

Claire Planchard

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Des produits surgelés Findus.
Des produits surgelés Findus. — David Moir/REUTERS

Qui a menti ou fauté? C'est tout l'enjeu de l'enquête lancée en France par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), en collaboration avec ses homologues hollandais et roumains. La tâche s'annonce difficile.

Un circuit complexe et opaque

Selon les premiers résultats, ce scandale alimentaire implique des intermédiaires de six nationalités différentes: le groupe Findus (basé en Suède) sous-traitait en effet la fabrication des plats à l’usine luxembourgeoise de Tavola, filiale de Comigel (implanté à Metz), fourni par l’importateur Spanghero (installé à Castelnaudary), qui «a acquis la viande surgelée auprès d’un trader chypriote, qui avait sous-traité la commande à un trader situé aux Pays-Bas, ce dernier s’étant fourni auprès d’un abattoir et d’un atelier de découpe situés en Roumanie», expliquait samedi un communiqué de Benoît Hamon, le ministre délégué à la Consommation.

Et chacun se renvoie la balle. «Quand un produit est mis sur le marché européen, c'est aux autorités nationales de s'assurer de sa sécurité», rappelle Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire européen chargé de la Santé et de la Protection des consommateurs. «Le point de départ de cette histoire semble être un cas de fraude. Le système d'alerte européen a été activité vendredi par les autorités britanniques afin de favoriser les échanges d'informations. Déterminer qui a fait quoi, où, et si c'était volontaire, c'est le travail des Etats membres», note-t-il.

Des contrôles insuffisants

Et c'est là que le bât blesse pour l'UFC-Que Choisir. «Le système de coordination européen fonctionne bien dès lors que le produit est détecté», déplore Olivier Andrault, chargé de mission agriculture et alimentaire. Selon lui, le système de traçabilité fondé sur la confiance et les obligations mutuelles des opérateurs n'est plus à la hauteur de l'enjeu. «Trop de latitude est laissée aux professionnels : les effectifs des contrôleurs officiels diminuent, alors que les échanges au sein et hors de l'UE augmentent», dénonce-t-il. Pour lutter contre l'opacité des circuits de commercialisation, l'UFC demande aussi que l'Union européenne rende obligatoire l'étiquetage de l'origine des ingrédients majeurs des plats cuisinés, comme pour la viande bovine vendue sous cellophane. «On y travaille mais c'est très complexe, et il n'est pas certain que les opérateurs et les Etats membres y soient favorables. Et dans ce cas de fraude éventuelle, cela n'aurait pas changé grand-chose», relativise le porte-parole de la Commission.

Réunion de crise lundi à bercy

Le ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon, a annoncé dimanche soir le renforcement immédiat des contrôles sur la traçabilité des viandes «de l'abattage à la commercialisation en passant par la transformation». Une réunion se tiendra ce lundi après-midi à Bercy avec les associations de consommateurs et l'ensemble des acteurs de la filière, notamment pour «rappeler les exigences règlementaires en matière de traçabilité».