Les Français résignés à la retraite à 65 ans

Mathieu Bruckmüller

— 

Du jamais vu. La peur des Français vis-à-vis de leur propre retraite est au plus haut depuis le lancement en 2006 du baromètre annuel commandé par le Cercle des épargnants à l'institut CSA et au Cecop (Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique), dont 20 Minutes dévoile en exclusivité les conclusions 2013.

Quelque 67 % des personnes interrogées sont inquiètes, contre 60 % en 2012. La crainte est très présente chez les 25-34 ans (38 %), contre 29 % chez les 35-49 ans et 24 % pour les 50-54 ans. Et pour cause, le Conseil d'orientation des retraites (COR) a estimé le 17 décembre que le déficit des régimes de retraite d'ici à 2020 dépasserait la barre des 20 milliards d'euros. Dans le domaine social, le financement des pensions est le sujet numéro un des sondés (56 %) devant celui de l'Assurance-maladie (43 %).

« Coupure sociale »


« Les Français se demandent si le système va faire faillite», analyse Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle. Pour assurer sa pérennité, les sondés estiment nécessaire à 60 % (30 % en 2011), à terme, de reporter l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans, au lieu de 62 ans depuis la réforme de 2010. « Ils ont le sentiment de ne pas pouvoir y échapper », note Philippe Crevel. 76 % des sympathisants de droite y sont favorables et même 52 % à gauche. « La vraie coupure est sociale, opposant les cadres supérieurs convaincus (75 %) et les ouvriers (38 %), qui refusent cette perspective » en raison d'une espérance de vie plus faible.

Au final, 58 % des Français se disent favorables à l'instauration d'une retraite par points, comme en Suède, qui permettrait à chaque salarié de les accumuler en fonction des cotisations versées tout au long de sa carrière. « Un système plus égalitaire », explique Philippe Crevel. Seuls 35 % des sondés veulent le maintien du système actuel. Malgré tout, l'exécutif doit présenter une réforme l'an prochain. Pas sûr qu'il se risque à un changement systémique. « Les partenaires sociaux sont figés et les pouvoirs publics gênés. Pourtant les esprits semblent mûrs », conclut l'économiste.