Les Français se sont fait à l'idée d'une retraite à 65 ans

RETRAITE Le recul à 65 ans de l’âge légal de départ à la retraite semble inéluctable pour 60% des sondés, selon une enquête révélée en exclusivité par «20 Minutes»...

Mathieu Bruckmüller

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Le lancement des négociations paritaires sur les retraites complémentaires le 22 novembre 2012.
Le lancement des négociations paritaires sur les retraites complémentaires le 22 novembre 2012. — THOMAS SAMSON / AFP

Du jamais vu. La peur des Français sur les perspectives de leur propre retraite est au plus haut depuis le lancement en 2006 du baromètre annuel commandé par le Cercle des Epargnants à l’institut CSA et au Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (Cecop) dont 20 Minutes dévoile en exclusivité les conclusions de l’enquête 2013. 67% des personnes interrogées entre le 8 et le 9 janvier se disent inquiètes, contre 60% en 2011 et 57% en 2012. Une crainte très forte chez les 25-34 ans (38%) contre 29% chez les 35-49 ans et 24% pour les 50-54 ans.

Le système va-t-il faire faillite?

Et pour cause: en plus d’un contexte économique anxiogène, le Conseil d'orientation des retraites (COR) a estimé le 17 décembre que le déficit des régimes de retraite à l’horizon 2020 dépasserait la barre des 20 milliards d’euros. Dans le domaine social, le financement des pensions est le sujet numéro 1 (56%) devant celui de l’assurance-maladie (43%), l’aide au logement (26%), les complémentaires santé (22%) ou le chantier de la dépendance (16%). «La retraite concerne tout le monde et pour les Français la question qui se pose à leurs yeux désormais est: le système va-t-il faire faillite?», analyse Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants.

Pour assurer sa pérennité, pas question pour autant d’augmenter les cotisations, ce que refuse le patronat, ou de baisser les pensions. Message transmis à Bercy qui n’écarte pas l’idée de désindexer (ne plus revaloriser à hauteur de l'inflation) celles du régime général comme le propose le Medef pour les régimes complémentaires.

En revanche, les Français, estiment nécessaire à 60%, contre 30% en 2011, à terme, de reporter l’âge légal à la retraite à 65 ans contre 62 ans, depuis la réforme de 2010 pour les personnes nées à partir de 1955. «Les Français ont le sentiment qu’ils ne pourront pas y échapper», note Philippe Crevel.

Une coupure sociale entre cadres et ouvriers

Si 76% des sympathisants de droite y sont favorables, il en va de même pour 52% de ceux de gauche. «La vraie coupure est sociale, opposant les cadres supérieurs convaincus (75%) et les ouvriers (38%) qui refusent très nettement cette perspective», décrypte l’enquête. En effet, selon l’Insee, «les hommes cadres de 35 ans peuvent espérer vivre encore 47 ans et les hommes ouvriers 41 ans».

Au final, d’après l’enquête, 58% des Français se disent favorables à l’instauration d’une retraite par points, comme en Suède, qui permettrait à chaque salarié de les accumuler en fonction des cotisations versées tout au long de sa carrière. «Un système plus égalitaire avec une gestion plus efficace et qui permet à chacun de savoir en tout temps ce qu’il a droit pour sa retraite», explique Philippe Crevel. Seuls 35% des sondés veulent le maintien du système actuel. Malgré tout, l’exécutif doit présenter une nouvelle réforme l’an prochain. Pas sûr qu’il se risque à un changement systémique. «Les partenaires sociaux, sur la question, sont figés et les pouvoirs publics gênés. Pourtant les esprits semblent mûrs», conclut l’économiste.