Fermeture de l'usine d'Amiens-Nord: Pourquoi Dunlop s'en sort et pas Goodyear?

SOCIAL Les deux sites voisins Goodyear et Dunlop appartenant au même groupe américain depuis 2004, tous deux fabricants de pneus, ont subi deux sorts radicalement opposés ces dernières années...

Bertrand de Volontat

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Le 31 octobre les salariés de l'usine Dunlop Goodyear à Amiens ont dû débloquer leur usine suite à une décision de justice.
Le 31 octobre les salariés de l'usine Dunlop Goodyear à Amiens ont dû débloquer leur usine suite à une décision de justice. — PHILIPPE HUGUEN /AFP

Jeudi, la direction de Goodyear Dunlop Tires France a annoncé son projet de fermer son site Goodyear d'Amiens-Nord menaçant 1.173 emplois «ainsi que 800 emplois indirects», tient à rappeler Philippe Theveniaud, président de la CFTC Picardie à «20Minutes». En 2007, les accords conclus entre syndicats et direction ont permis le maintien du site voisin d'Amiens-Sud Dunlop où travaille un millier de salariés. En les refusant, Goodyear met aujourd’hui la clé sous la porte.

Pourquoi Dunlop n’est pas en danger aujourd’hui

Un brin d’histoire avec Philippe Theveniaud afin de comprendre cette séparation. Goodyear rachète Dunlop France en 2004 au Japonais Sumitomo avec l’ambition de créer un concurrent crédible à Michelin sur le segment du pneu. Dunlop installé à Amiens depuis 1959 se voit offrir l’opportunité de fusionner son site avec celui de sa désormais filiale sœur Goodyear aussi basée à Amiens avec l’ambition de créer le site le plus moderne d’Europe. A une condition: accepter une organisation du travail différente (en 4x8), autrement appelée «accord de compétitivité» qui permettent de réduire les coûts de fabrication de 20%. 

«Le 4x8 nuit à la vie sociale, mais le chômage serait plus destructeur», rappelle Philippe Theveniaud qui explique que Dunlop a négocié le 4x8 avec une prime et une hausse de salaire avant de l’accepter (non sans protester) en 2007. De son côté, le site de Goodyear rejette l’accord.

De là débute le clivage entre les deux sites voisins: Dunlop reçoit la contrepartie du 4x8 promise par la direction -un plan d'investissement qui s’élève aujourd’hui à 50 millions d’euros- et modernise son outil de travail et produit des pneus de tourisme grande taille à valeur ajoutée (détaillée dans le Courrier Picard). Résultat: l'usine d'Amiens-Nord a perdu 61 millions d'euros en 2011, dont 41 pour le pneu de tourisme (le solde sur le pneu agraire) tandis qu’Amiens-Sud est aujourd’hui rentable. «C’est du gâchis», avoue le président de la CFDT.

Pourquoi Amiens-Nord a-t-il refusé les accords de compétitivité?

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a estimé ce vendredi sur LCI que la CGT porte une responsabilité dans le projet de fermeture du site, faute d'avoir négocié un accord pour sauver l'emploi. «On voit bien que quand il y a des dogmes, et pas de volonté de sauver l'emploi, on va dans le mur», a-t-il dit. En effet, d’après Philippe Theveniaud, «la CGT – majoritaire sur Amiens-Nord, très minoritaire sur Amiens-Sud) a refusé le plan sur une base idéologique du siècle dernier». Le président de la CFDT Picardie ne blâme pas la seule CGT mais également le «management désastreux» de Goodyear depuis des années entraînant la naissance d’un syndicat protestataire.

Car la CGT a refusé les accords en 2006 –est en plan social depuis 2008– mais également le plan de départs volontaires de septembre 2012 proposé par la direction, «avec des enveloppes dépassant les 100.000 euros pour certains», nous confie le président de la CFDT Picardie. Ce plan de départs s’inscrivait dans le cadre d’un rachat par le groupe Titan de l’activité pneu agraire, qui aurait sauvé… 800 emplois.

«Nous serons solidaires mais pas dans la grève car il faut continuer à produire. Au vu de l’industrie française et européenne, il est impossible de dire où nous serons dans deux ans», conclut Philippe Theveniaud, conscient que le vent tourne vite pour tout le monde.

Le 4x8, c’est quoi?

Le cycle tourne sur quatre équipes, selon le rythme suivant: 2 jours du matin, 2 jours d’après-midi, 2 jours de nuit et pour finir 2 jours de repos avant de recommencer. Ce cycle tourne toute l’année, week-end et jours fériés inclus. L’équivalent hebdomadaire de ce cycle est de 42 heures par semaine pour des postes de 8h, 44,6 heures pour des postes de 8h30.