Goodyear: La direction compte fermer son usine d’Amiens Nord

INDUSTRIE Présentée comme «la seule option possible», cette fermeture entraînerait la suppression de 1.173 postes...

B. de V.

— 

Le tribunal de grande instance de Nanterre a suspendu jusqu'à nouvel ordre le plan de restructuration de Goodyear qui prévoit de supprimer plus de 800 postes sur le site d'Amiens Nord, a-t-on appris mercredi auprès de l'avocat de la CGT du site.
Le tribunal de grande instance de Nanterre a suspendu jusqu'à nouvel ordre le plan de restructuration de Goodyear qui prévoit de supprimer plus de 800 postes sur le site d'Amiens Nord, a-t-on appris mercredi auprès de l'avocat de la CGT du site. — Francois Nascimbeni afp.com

La direction de Goodyear Dunlop Tires France, réunie en Comité Central d’Entreprise (CCE) ce jeudi au siège du fabricant automobile à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), a présenté un projet de fermeture de son usine d'Amiens Nord. «La fermeture de l’usine est la seule option possible après cinq années de négociations infructueuses», explique la direction.

1.173 postes sont menacés

Cette option entraînerait la suppression de 1.173 postes. Cette usine d’Amiens Nord fabrique des pneumatiques pour des véhicules de tourisme et des pneumatiques agricoles. La direction a notamment prétexé un contexte de déclin de l’industrie automobile et de changements structurels du marché des pneumatiques en Europe.

La direction a ajouté être «pleinement conscients de la gravité de l’annonce que nous faisons aujourd’hui et des conséquences lourdes de ce projet pour les salariés, leurs familles et les communautés locales.»

La CGT a aussitôt appelé à la grève et à un rassemblement sur le site d'Amiens de tous les salariés de Goodyear en France le 12 février, date d'une nouveau CCE où devraient être exposés les détails du projet.

Les raisons techniques de l'arrêts expliquées

Les informations distillées ces jours-ci par la direction de Goodyear Dunlop Tires France laissent penser que cette dernière prépare l’opinion à une décision radicale concernant l’usine. Selon la direction de Goodyear Dunlop France, cette usine produit chaque jour 2 700 pneus tourisme et 270 pneus agricoles pour une capacité de 23 000 pneus par jour. L’usine aurait ainsi enregistré une perte de 41 millions d’euros en 2011.

Le coût de fabrication d’un pneu tourisme s’élèverait à 71,80 euros pour un prix moyen de vente de 42,50 euros, soit une perte sèche de 29,30 euros par pneu tourisme. La direction de Goodyear Dunlop France tient à rappeler qu’il n’y a «pas eu de dividendes de versés aux actionnaires depuis 2003» au niveau du groupe.

Goodyear touchée, Dunlop épargnée

Comme le rapporte le Courrier Picard, l'usine voisine (de l'autre côté de la rue) et soeur de Goodyear (appartient au même groupe), Dunlop (un millier de salariés), ne sera pas impactée par la décision. Toutefois, elle pourrait à terme être aussi victime du ralentissement de l'activité. Les employés croisent les doigts car «les usines Goodyear et Dunlop ont beau être distantes de quelques mètres, elles ont beau faire partie aujourd'hui du même groupe, elles n'ont décidément pas la même histoire. Ni sur le plan industriel, ni sur le plan des relations sociales», explique le journal local.

La situation pouvait-elle être évitée?

C'est du moins ce qu'avait envisagé Arnaud Montebourg. Le ministre du Redressement productif avait estimé mercredi qu'il était «possible d'éviter le pire» pour le site du fabricants à Amiens-Nord à condition de reprendre les négociations avec les syndicats et le groupe Titan. «Nous préférons le plan de départ volontaires et la reprise par Titan, et nous avons repris contact avec Titan (...) Il est possible d'éviter le pire», avait-il dit à l'Assemblée nationale.

«Le Parti socialiste souhaite que pour Goodyear, il n'y ait pas de décision irrévocable qui soit annoncée et qu'il puisse y avoir une décision qui respecte les salariés», avait déclaré pour sa part le porte-parole du PS, David Assouline. Le Parti communiste français (PCF) a demandé au gouvernement de ne pas «rester l'arme au pied» concernant ce site.

 «Seul le chômage est made in France»

Le député et président de Debout la République, Nicolas Dupont-Aignan, avait quant à lui jugé que l'annonce éventuelle de la fermeture de l'usine d'Amiens-Nord serait «un énième symbole de l'échec du gouvernement», estimant que «pour l'instant, seul le chômage est "made in France"».

Entre 2008 et 2011, Goodyear, dont l'activité est cyclique, a enregistré des pertes de 87 millions de dollars en moyenne par an, a indiqué une porte-parole de la direction.

Le groupe était endetté à hauteur de 3,4 milliards de dollars en septembre 2012 et les actionnaires n'ont pas touché de dividendes depuis 2003, a-t-elle ajouté. Elle a précisé que l'usine d'Amiens-Nord coûtait quelque 60 millions d'euros de pertes par an au groupe.