Banca Monte dei Paschi: Un scandale financier pour l'Italie, Draghi et l'Europe

INSOLITE En pleine réforme bancaire européenne et à trois semaines des élections législatives italiennes, ce nouveau scandale financier ne pouvait pas mieux tomber. Son origine? Des pertes colossales d’une banque italienne. Analyse...

Bertrand de Volontat

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La banque italienne Banca Monte dei Paschi di Sienna
La banque italienne Banca Monte dei Paschi di Sienna — Avec Sipa

Après trois années de crise financière, l'Italie n'en demandait pas tant. Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), troisième banque d'Italie sise à Sienne en Toscane, est accusée d'avoir surpayé en 2007 sa rivale Antonveneta et de s'être engagée entre 2006 et 2009 dans des opérations risquées sur des produits dérivés financiers, avec à la clé des pertes susceptibles d'atteindre 720 millions d'euros. En pleine crise des subprimes. Une source judiciaire a déclaré que les autorités enquêtaient sur des soupçons de corruption liés au rachat d'Antonveneta et d'infractions lors des transactions sur dérivés.

Mario Draghi, au cœur des soupçons?

Erreurs, malversations, voire mélange des deux: quelle que soit l'issue de ces investigations, les enquêteurs ne manqueront pas d'étudier notamment le rôle de la Banque d'Italie, dont Mario Draghi a été le gouverneur de 2006 à 2011. Cela alors qu'il se prépare à assumer la supervision du système bancaire de la zone euro. Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, a déjà dû répondre aux doutes suscités par les conditions du rachat d'Antonveneta, une opération à laquelle la Banque d'Italie n'avait opposé que peu d'objections. A l'époque, l'ancien de chez Goldman Sachs avait insisté pour que BMPS lève davantage de capitaux que prévu mais il n'avait apparemment émis aucun soupçon sur les modalités d'une opération qui fait aujourd'hui l'objet d'une enquête criminelle.

Un duel de documents officiels

Et les questions sur le rôle de la Banque d'Italie se font plus pressantes depuis la publication la semaine dernière d'extraits d'un rapport daté du 9 novembre 2010 montrant que des inspecteurs de la Banque d'Italie avaient alerté sur les opérations de produits dérivés. Rien ne permet d'établir pour l'instant que Mario Draghi a eu connaissance à l'époque de ce rapport de sept pages.

Le ministre italien de l'Economie Vittorio Grilli a pris ce mardi la défense de la banque centrale contre les accusations de laxisme portées à son encontre. Un document de la Banque d'Italie montre par ailleurs que celle-ci avait multiplié les examens des conditions de liquidité de la banque au second semestre 2009 mais aussi que les sanctions contre l'ancienne équipe dirigeante n'étaient intervenues qu'après que celle-ci eut quitté l'établissement l'an passé. Le document, déposé au Parlement après l'intervention de Vittorio Grilli, veut à son tour dédouaner la banque centrale de toute accusation de négligence.

Des répercussions au niveau européen?

La faillite de BMPS menacerait dans un premier temps les grandes banques italiennes, les caisses d'épargne puis en dernier niveau l’ensemble du secteur bancaire européen, analyse Le Monde. De surcroît, une panique créerait un effondrement des obligations souveraines italiennes qui, depuis l’engagement pris par la BCE de soutenir le pays, allaient mieux. Qui plus est un effondrement de la dette italienne affecterait d’autres obligations européennes souveraines. Et la France serait directement concernée! En particulier, l'institution BNP Paribas qui détient la Banca Nazionale del Lavoro, elle-même quatrième banque du pays.

Le scandale de cette institution bancaire vieille de six siècles s'invite dans la campagne pour les élections parlementaires des 24 et 25 février. La banque toscane a notamment des liens étroits avec le centre-gauche, le parti favori de ces élections. Le président du Conseil Mario Monti, proche de Mario Draghi, a redit ce lundi avoir toute confiance dans la Banque d'Italie pour sa gestion de l'affaire. Giulio Tremonti, ancien ministre de l'Economie nommé par Silvio Berlusconi, a quant à lui estimé dans un tweet qu'il était «stupéfiant» que, en tant que superviseur du système bancaire italien, Mario Draghi n'ait pas réussi à découvrir, voire à empêcher la mise en place de ces contrats. Un scandale politico-financier en somme.