La France est-elle vraiment en faillite?

POLEMIQUE Le ministre du Travail Michel Sapin a relancé le débat dimanche...

Mathieu Bruckmüller

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Le ministère de l'économie à Bercy.
Le ministère de l'économie à Bercy. — JPDN/SIPA

L'Etat est «totalement en faillite». La «bombe» lâchée dimanche par le ministre du Travail sur Radio J n’en finit pas de faire des remous.

 

Ce lundi, le ministre de l’Economie s’est empressé, à raison, de minimiser la portée de cette petite phrase.


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Et qui rappelle celle prononcée par François Fillon, alors Premier ministre, en 2007: «Je suis à la tête d’un état qui est en situation de faillite», et qui avait alors suscité l’ire de Nicolas Sarkozy.

Pas de faillite pour les Etats

Dans les deux cas, les mots utilisés ne correspondent pas à la réalité. D’un point de vue lexical, un Etat ne peut pas être en faillite. Ce terme est réservé aux agents économiques, principalement les ménages et les entreprises. Un pays ne peut pas être liquidé pour ensuite être racheté par un repreneur. Aucune instance ne peut juridiquement forcer un Etat à céder des pans entiers de son économie pour rembourser les bailleurs de fonds. L’expression consacrée est celle de «défaut», comme ce fut le cas pour l’Argentine en 2001. Cette année-là, le président argentin avait déclaré: «Nous allons suspendre le paiement de la dette extérieure». Dans la pratique, de longues négociations ont amené les créanciers à consentir l’abandon de 70% de leurs avoirs, soit près de 80 milliards d’euros. Plus récemment, avec la restructuration de la dette grecque, les investisseurs privés se sont assis sur un pactole de 100 milliards d’euros pour permettre à la Grèce de pouvoir repartir.

La France ne va pas si mal…

Mais quand on se compare à cette dernière, côté français on se console. Peu importe le vocable, «la France n’est pas en faillite», clament Christian de Boissieu, professeur à l’Université Paris 1 et  Henri Sterdyniak de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Car dans le jargon financier, l’Hexagone «honore sa signature». Sous-entendu, elle tient parole et paie ses créanciers rubis sur l’ongle. Résultat: début janvier, Paris a «levé» sur les marchés financiers 3,5 milliards à 10 ans au taux historiquement bas de 2,07%. Autrement dit, la France emprunte moins cher (-0,15%) qu'avant la deuxième perte de son triple A, le 20 novembre 2012. Une décision prise par l'agence Moody's, dix mois après celle de Standard & Poor's, d’abaisser d'un cran la note du pays. En clair, elle est passée de 20/20 à 19/20.

Les investisseurs ont donc toujours confiance dans la capacité de Paris à respecter ses échéances. Une bonne nouvelle pour les finances publiques puisque cette année, la France devrait payer 47 milliards d’euros d’intérêts contre 49 milliards en 2012, malgré une dette plus élevée.

De plus, «le pays est beaucoup moins endetté que les Etats-Unis, le Japon, l’Italie, l’Espagne et son déficit devrait être ramené à 3,5% en 2013. Il est dans la moyenne des pays développés», indique Henri Sterdyniak. Par ailleurs, en cas de dérive des comptes, la France a la capacité de lever les impôts, avec succès, pour rectifier le tir. La Grèce ne peut pas en dire autant. «La France n'est pas en faillite, elle est tout à fait en situation aujourd'hui d'assumer ses engagements financiers, notamment de payer ses fonctionnaires, heureusement !», a déclaré lundi l'ancien Premier ministre et maire de Bordeaux Alain Juppé sur RTL.

mais se prépare à des réformes impopulaires

Ceci étant dit, «la France a de sérieux problèmes dans ses finances. Elle va devoir y remédier», explique Christian de Boissieu. Notre dette est de 1.818,1 milliards d'euros, soit 89,9% du PIB. Dans ce contexte, «sous la pression de Bruxelles, le gouvernement dramatise la situation pour justifier, au nom de la faillite, des mesures impopulaires à venir», analyse Henri Sterdyniak. Révision des indemnités-chômage, nouvelle réforme des retraites en perspectives, lutte contre le trou de la Sécu: l’exécutif prépare les esprits à une révision du modèle social français.