La charcuterie française aux portes de la Chine

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La charcuterie française se prépare à être enfin autorisée en Chine et à rivaliser avec ses concurrentes italienne et espagnole déjà bien présentes dans ce pays où la viande de porc est la plus appréciée, au point qu'il abrite plus de la moitié du cheptel porcin mondial.
La charcuterie française se prépare à être enfin autorisée en Chine et à rivaliser avec ses concurrentes italienne et espagnole déjà bien présentes dans ce pays où la viande de porc est la plus appréciée, au point qu'il abrite plus de la moitié du cheptel porcin mondial. — Denis Charlet afp.com

La charcuterie française se prépare à être enfin autorisée en Chine et à rivaliser avec ses concurrentes italienne et espagnole déjà bien présentes dans ce pays où la viande de porc est la plus appréciée, au point qu'il abrite plus de la moitié du cheptel porcin mondial.

La France a été le premier pays européen à pouvoir exporter du porc frais à destination de ce gigantesque marché de 1,354 milliard d'habitants, et ses industriels ont installé en 2009 un élevage clé en main à Handan dans le Hebei (nord).

Mais, «il manque un maillon, celui de la charcuterie», a déploré le président de la Fédération des industriels de la charcuterie, Robert Volut, prenant la parole à Pékin devant le patron de Cofco, le plus grand groupe agroalimentaire chinois et principal canal d'importation de produits étrangers, Patrick Yu.

Et, comme pour faire entrevoir les possibles retombées positives pour Cofco, il s'est même aventuré à extrapoler le chiffre d'affaires de 7 milliards d'euros de la charcuterie dans l'Hexagone en proportion de la population chinoise.

«Si je multiplie par vingt cela fait 140 milliards», a-t-il lancé à moitié sur le ton de la boutade. Une manne qui serait bienvenue pour ce secteur en difficulté, qui a déjà supprimé 700 emplois en 2011 en France sur 35.000 environ.

«Il nous manque la signature d'un protocole entre la République populaire de Chine et la République française», a plaidé M. Volut à l'occasion d'une récente visite de la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq en Chine, où elle a été reçue avec un groupe d'industriels au siège de Cofco.

L'affaire pourrait se conclure d'ici le Nouvel an chinois de 2014, selon M. Volut.

L'histoire remonte loin et a connu des rebondissements. Pour exporter un produit en Chine, il faut y être formellement autorisé. La charcuterie française ne l'est pas, tout comme l'allemande, note le conseiller adjoint pour les affaires agricoles de l'ambassade de France à Pékin, Thomas Pavie.

La négociation se fait avec les autorités chinoises «pays par pays: l'Union européenne n'est pas reconnue comme entité», explique-t-il.

«Aléas politiques»

La France a fait le «choix stratégique» de négocier avant tout les exportations de viande fraîche de porc, un marché volumineux, a précisé à l'AFP M. Pavie. En 2005 elle a été le premier pays européen à en exporter en Chine.

Elle a entamé en 2007 des négociations sur les produits charcutiers, rompues par des «aléas politiques» en 2008, année notamment marquée par une rencontre en Pologne du président français Nicolas Sarkozy avec le dalaï lama, qui avait suscité l'ire de Pékin.

Les pourparlers ont repris en 2011. «Les relations sont plutôt bonnes et nous avons bon espoir d'y arriver», dit M. Pavie, qui vise lui aussi l'échéance de février 2014.

«Les autres se sont donné les moyens de négocier. Les Italiens ont le syndicat du jambon de Parme qui est une machine de guerre» et s'est rendu dans de multiples pays pour y faire adopter les produits de ses membres, fait-il remarquer.

«Si les charcuteries italiennes sont bien plus performantes c'est aussi parce qu'il y a des pizzeria et des trattoria en Chine», pense pour sa part M. Volut, qui espère voir se multiplier les bistrots à la française.

«Quand les Chinois boivent du vin ils ne savent pas quoi manger», a fait remarquer le patron de Cofco. «De la charcuterie!», s'est exclamée Mme Bricq.

«Nous avons un petit adage sympathique en France: +dans le cochon tout est bon+», a-t-elle ajouté. «En Chine on mange même la peau», lui a répondu M. Yu.

Les oreilles aussi: les Chinois en raffolent et elles font l'objet d'une multitude de recettes sur l'internet chinois.