Les salariés de SFR mobilisés pour garder leurs emplois

REPORTAGE Les opérateurs télécoms français historiques sont à la peine depuis l'arrivée de Free en 2012. Ce jeudi, les salariés de SFR, visés par un plan de départs volontaires, se mobilisent pour la première fois, devant le siège de leur employeur. Objectif: sensibilisation et sauvegarde de leur emploi...

Bertrand de Volontat

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A midi, ce jeudi, les premiers salariés mobilisés arrivent. Ils seront au final 300 sur le parvis pour défendre l'intérêt des 1.123 salariés visés par le plan de départs volontaires de SFR
A midi, ce jeudi, les premiers salariés mobilisés arrivent. Ils seront au final 300 sur le parvis pour défendre l'intérêt des 1.123 salariés visés par le plan de départs volontaires de SFR — Alexandre Gelebart

Au pied de la Tour Séquoia de la Défense qui héberge le siège de SFR, près de 300 salariés de l’opérateur téléphonique manifestaient ce jeudi, comme à Nantes, Lille, Metz, Bordeaux, Lyon, Toulouse, Aix et Marseille. Sous les bannières de l’Unsa, de la CFDT, CFE-CGC et de la CGT, les salariés portent tous le même t-shirt parodiant le dernier slogan de l’opérateur: «Et vous, êtes-vous 4G ready» transformé en: «#gage-dé ready, la nouvelle offre SFR pour gage-dé tous ses employés». La rupture est prononcée.

Une journée «test»

C’est la première démonstration de force des salariés contre un plan social initié en mai. Et qui vise, sur une base volontaire, 1.123 postes en France dans les fonctions support, le marketing et commercial, la technique et le pôle entreprise de Meudon (Hauts-de-Seine).

S’il s’agit d’une journée «test», ils comptent bien se faire entendre par la direction dès aujourd’hui et mettre en place un calendrier. La DRH de SFR a bien d'ailleurs fini par descendre pour confirmer l'existence d'un dialogue. En outre, l’objectif de cette mobilisation est de prouver qu’il ne s’agit pas d’un simple mouvement syndical mais bien salarial. «Il faut prendre conscience que l’entreprise joue sur la passivité des employés frileux ou non-concernés pour imposer son plan et marginaliser notre mouvement», explique Mathieu, CFDT, de la direction des réseaux. Si la CGT s’oppose en bloc à tout départ, les autres syndicats souhaitent discuter, mais pas à n’importe quel prix.

«Si Vivendi vend, c’est fini»

Ils soulèvent d’entrée de jeu trois problèmes: les régions, la notion de volontariat et les craintes d’un plan social contraint ou d’une vente de SFR par Vivendi (la maison mère de l’opérateur). Au niveau des régions, 60% des effectifs sont concernés par le plan de réorganisation. «Il y a un problème d’approche. On leur parle de mobilité géographique contrainte (passé d’un centre à Toulouse à Lyon) alors que notre métier est justement basé sur le développement du travail à distance», détaille Vanessa Jereb, déléguée syndicale centrale Unsa SFR.

«Ensuite la notion de volontariat signifie qu’il faut avoir le choix de rester ou partir, avec l’assurance d’un reclassement interne et d’une formation. Pour cela, nous demandons au moins 15 mois pour être reclassé. Ou sinon, faire le choix de partir. En gardant en tête, que «dans les télécoms, l’emploi est carbonisé», affirme Mathieu.

Enfin, les salariés craignent à terme un plan social contraint voire une vente de SFR par Vivendi. «Si nous sommes rachetés par un fonds de pension, c’est fini, ce dernier n’aura aucun problème à supprimer 2.000 postes d’un coup», poursuit Vanessa.

Free n’a jamais été le problème

«On nous a offert plusieurs justifications pour ce plan: d’abord, ça a été Free, puis la situation économique, et maintenant on nous dit : "moins on est nombreux, mieux on travaille"», explique un CFDT sous couvert d’anonymat. Mais Free n’a jamais été le problème, ou juste un accélérateur. «Cela fait trois-quatre ans que nous sommes sans projet d’entreprise. Free, on savait ce qui allait se passer», explique plusieurs militants Unsa. Alors oui, SFR est moins rentable qu’avant mais avec un milliard d’euros de flux de trésorerie l’an passé, il reste de l’argent. «L’entreprise est plus riche», assure Laurent, CGT, du marketing et business team. Une gifle pour les salariés.

Si la CGT est en faveur d’une grève illimitée, les autres syndicats sont prêts à réitérer la mobilisation devant le siège de Vivendi, en compagnie de leurs collègues des régions. Et le gouvernement? «Nous avons déjà été reçus à Bercy et à notre surprise, la ministre Fleur Pellerin considère que sous les 1.000 départs, le plan est raisonnable», conclut Vanessa.

Et maintenant? Le plan social doit s’ouvrir à l’été 2013 et SFR doit déménager à Saint-Denis à l’automne prochain, pour des raisons économiques. Pas sûr que tout le monde fasse partie du voyage du 92 au 93.