Pierre Moscovici défend sa «politique de gauche» devant les journalistes économiques

Céline Boff

— 

Pierre Moscovici, le 28 août à Bercy.
Pierre Moscovici, le 28 août à Bercy. — WITT/SIPA

Si janvier est parfois le mois des résolutions, il est définitivement celui des vœux. Après le président François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, les ministres Pierre Moscovici, Jérôme Cahuzac et Benoît Hamon se sont à leur tour pliés à l’exercice des vœux à la presse.

D’ailleurs, c’était plutôt l’inverse. Et c’est une tradition: chaque année, c’est l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef) qui présente ses vœux aux ministres de Bercy. Même si techniquement, c’est Bercy qui reçoit. Mais c’est quand même le président de l’Ajef qui s’exprime en premier. Enfin bref.

«Si vous avez une ambition affirmée, elle ne brille pas par sa clarté»

«Cette nouvelle année s’ouvre dans un contexte très préoccupant avec le conflit au Mali et la tragédie en Algérie», attaque le président de l’Ajef, «et dans le domaine économique et social, 2013 s’annonce au moins aussi difficile que l’année précédente». Après avoir rappelé les objectifs affichés par les ministres de Bercy, il poursuit, toujours sur le même ton: «Si vous avez une ambition affirmée, elle ne brille pas par sa clarté et sa cohérence. Au coup par coup, vous avez su bien communiquer, mais ce n’est pas le cas d’une façon globale et vos réponses n’ont pas été en adéquation avec les questions légitimes que l’on peut se poser». Les journalistes gloussent. Pierre Moscovici, un peu moins.

Il prend à son tour la parole. Il sera d’ailleurs le seul à s’exprimer, Jérôme Cahuzac et Benoît Hamon se contentant de ponctuer le discours de leur patron de réguliers et approbateurs hochements de tête, devant une salle à moitié pleine. Ou à moitié vide, c’est selon. «J’ai connu des vœux avec bien plus d’affluence», murmure un journaliste. Devant l’estrade se presse une soixantaine de personnes et elles ne sont pas toutes journalistes. Ce qui trahit leur présence? Leurs applaudissements, à la fin des discours. Un journaliste n’applaudit jamais, c’est une règle. Enfin bref.

«Nous ne menons pas une politique de rigueur»

«Je vais vous dégager les principales lignes de force de notre action qui apparaissent mieux que vous ne le dites», commence le ministre de l’Economie. Et de citer la stabilisation de la zone euro, le pacte pour la compétitivité et l’emploi ou encore le «rétablissement des comptes publics que nous avons trouvés terriblement dégradés. Nous avons restauré la crédibilité budgétaire et financière du pays. Aucun gouvernement n’a porté autant de lois économiques: six en six mois», se félicite Moscovici.

Qui insiste: «Nous ne menons pas une politique de rigueur, mais de sérieux budgétaire. Un sérieux qui est de gauche». Avant d’annoncer ses projets pour 2013, à commencer par la relance du débat européen. Et du dialogue franco-allemand. «Je vois Wolfgang Schäuble [ministre des Finances allemand, ndlr] tous les 15 jours, en bilatéral ou multilatéralement. Personne ne le voit autant que moi, à tel point qu’il m’a dit hier: "Nous ne nous revoyons pas avant trois jours, allez-vous réussir à vous passer de moi?"». Moscovici sourit. Et enchaîne: «Nous voulons la croissance et l’emploi pour l’Europe, nous avons toujours refusé l’austérité généralisée. Les réformes et la croissance doivent aller de pair». Cette fois, ce sont les journalistes qui sourient.

«C’est long ce discours, non?»

«Travailler pour la relance en Europe, c’est travailler pour la croissance en France. Il n’y a pas deux niveaux d’action. L’attractivité de la France est indissolublement liée à celle de la zone euro», poursuit le ministre. «C’est long ce discours, non? Et il y a rien de nouveau, on est d’accord? », demande un journaliste aux confrères qui l’entourent. Ces derniers confirment d’approbateurs hochements de tête. Enfin bref.

«Nous voulons aussi développer la place de Paris. L’avenir de notre bourse est aussi celui de nos entreprises et de leur financement (…)», poursuit Moscovici. Et puis vient le temps de la conclusion. Le ministre l’oriente sur «le sens» de l’action de son gouvernement, qu’il compare à «une révolution copernicienne»: «La différence avec les précédents gouvernements de gauche est que nous affrontons une crise sans précédent. La différence sera aussi dans les résultats que nous obtiendrons, car notre action s’accompagne de réformes structurelles. Mais notre politique est totalement de gauche».

Les trois ministres descendent de l’estrade, où les attendent des dizaines de caméras et d’appareils photos. Pierre Moscovici s’exprime à nouveau dans le micro, de BFM cette fois. Jérôme Cahuzac se tait encore et fait tout pour esquiver la caméra qui le suit à la trace. Benoît Hamon a disparu. Les ministres ne s’arrêtent même pas devant les appétissants buffets dressés pour l’occasion. Un autre rendez-vous avec la presse commence déjà dans la salle adjacente. Pierre Moscovici y est attendu pour annoncer la création de la Société de financement local (SFIL), comprenez le nouveau dispositif public de prêts aux collectivités territoriales.