Assurance-chômage: La France plus généreuse que ses voisins?

Bertrand de Volontat

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Un bureau du Pôle emploi à Bordeaux.
Un bureau du Pôle emploi à Bordeaux. — SEBASTIEN ORTOLA/20 MINUTES

La France est-elle plus généreuse avec ces chômeurs que ces voisins européens? Mardi, la Cour des comptes a publié un rapport sur le marché du travail accablant pour les politiques d’emploi hexagonales. Cible numéro un: l’indemnisation des chômeurs, jugée trop élevée. Plus de chômeurs, mieux indemnisés et plus longtemps, tel est le constat.

Les chômeurs français, ces privilégiés? 

La France bat un double record: celui de la durée de cotisation la plus faible pour bénéficier de l'assurance-chômage et celui de l’indemnisation la plus élevée. Il suffit ainsi de ne cotiser que quatre mois en France sur les 28 derniers pour être bénéficiaire de l’assurance-chômage, selon la convention de 2009. Il vous en faudra six aux Pays-Bas et en Suède et un minimum de douze partout ailleurs au sein de l’Union européenne. Et en Allemagne par exemple, la période de référence n’est que de 24 mois au cours de laquelle il aura fallu travailler 12 mois. En Italie, le chômeur aura dû cotiser durant les deux dernières années afin d’espérer toucher une indemnité. Enfin, l’Espagne exige une année de cotisation au cours des six dernières. 

Deuxième point de comparaison: le montant de l’indemnité perçue et la durée sur laquelle le chômeur peut la toucher. Là encore, la France est le champion en la matière. Avec un plafond fixé à 6.161 euros par mois (une allocation maximale touchée uniquement par 0,2% des allocataires, précise Les Echos), elle surclasse l’Allemagne, dont le maximum est fixé à 2.215, la Belgique à 1.422, l’Espagne à 1.397 ou encore l’Italie à 1.119 euros, détaille Le Figaro dans leur infographie. L’exemple donné par la Cour des comptes est encore plus révélateur: un cadre de moins de 50 ans dont le salaire mensuel brut était de 10.000 euros, soit 7.200 euros net, touchera 5.012 euros d’indemnités contre 2.200 euros en Allemagne. 

Un taux de remplacement non-dégressif mais moins élevé  

En France, l’indemnité moyenne représente toutefois 67,3% du salaire précédent –la médiane de l’UE est de 64,9%, rappelle Les Echos - et le chômeur français peut toucher son indemnité durant trois ans au mieux sans dégressivité –là où cette dernière décroît en Suède, Italie, Espagne et Belgique. Un taux de remplacement meilleur qu’en Allemagne mais moins élevé qu’en Espagne, Belgique ou Pays-Bas la première année. L’indemnité du chômeur britannique est limitée à six mois, à huit pour le transalpin et douze outre-Rhin. 

Pas de doute, pour la Cour des comptes, «l’indemnisation du chômage en France apparaît sensiblement plus protectrice que celles mises en œuvre dans d’autres pays européens». Mais avec un taux de chômage qui tutoie les 10%, l’Unedic, l'organisation qui gère l'assurance-chômage, prévoit une perte de cinq milliards d'euros en 2013, qui viendront s'ajouter aux 13,7 milliards d'euros de dette. Un taux de chômage justement plus élevé qu’en Allemagne, en Italie et en Belgique. En réponse, Michel Sapin, ministre du Travail, a indiqué mardi qu'il «faudra prendre des mesures sur les indemnités chômage».