Electricité: La France de plus en plus cliente de l'Allemagne

ENERGIE L'Allemagne a arrêté sept centrales nucléaires en 2011, mais cela ne perturbe pas sa consommation, au contraire, comme le démontre le dernier bilan de Réseau de transport d’électricité (RTE)...

Céline Boff

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Vue des deux gigantesques tours réfrigérantes et leur panache de vapeur de la plate-forme Areva du Tricastin, le plus important site d'enrichissement d'uranium en Europe (650 ha), prise le 04 avril 2011 en bordure du Rhône, entre la Drôme et le Vaucluse.
Vue des deux gigantesques tours réfrigérantes et leur panache de vapeur de la plate-forme Areva du Tricastin, le plus important site d'enrichissement d'uranium en Europe (650 ha), prise le 04 avril 2011 en bordure du Rhône, entre la Drôme et le Vaucluse. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

La Chancelière allemande Angela Merkel avait pris sa décision quelques jours seulement après la catastrophe de Fukushima, au Japon. Le 15 mars 2011, les centrales nucléaires les plus anciennes de son pays, soit sept installations, s’arrêtaient.

La nouvelle avait surpris le monde, et surtout la France. Qui se frottait déjà les mains. D’abord avec raison: l’Hexagone a bien su répondre aux besoins de son voisin d’outre-Rhin en lui vendant sa propre électricité. Cette opération avait permis à Paris d’empocher, selon une étude du cabinet SIA Conseil, 360 millions d'euros entre les mois de mars et de décembre 2011. Et de passer de la place d’importateur à celui d’exportateur avec l’Allemagne.

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Quand les Etats-Unis aident l’Allemagne

Mais cette parenthèse est déjà refermée. En 2012, selon les derniers chiffres publiés par Réseau de transport d’électricité (RTE), la France est redevenue importatrice nette. Comme en 2009 et 2010 et ce, sur tous les mois de l’année. Si elle a vendu au total 5,2 TWh d’électricité à l’Allemagne, elle lui en a acheté 13,9 TWh.

En moins d’un an, l’Allemagne a donc réussi à compenser sa décision de stopper une partie de sa production nucléaire. Notamment en augmentant massivement sa production d’électricité photovoltaïque (27,8 TWh en 2012, contre 11,7 TWh en 2010). Et puis, en ayant de la chance. Les Etats-Unis s’étant tournés vers les gaz de schiste, ils ont moins consommé de charbon. Le prix de celui-ci a donc fortement baissé, ce qui a rendu d’autant plus compétitives les centrales à charbon allemandes. Ces installations sont devenues tellement attractives que la France s’y est fournie à plusieurs reprises. «Un pays comme la France n’achète pas de l’électricité hors de ses frontières parce qu’il est en situation de pénurie, mais parce que le kWh y est moins cher que celui disponible sur son sol», explique Dominique Maillard, président de RTE.

La France conserve toutefois sa place de premier exportateur d’électricité d’Europe de l’Ouest. Ses principaux clients sont la Suisse, l’Italie, la Belgique et la Grande-Bretagne. En 2013, RTE a prévu d’investir 1,44 milliard d’euros, notamment pour optimiser les échanges entre pays européens. «Ces efforts d’adaptation et de développement du réseau permettront d’accompagner la transition énergétique», estime l’opérateur.

A cause de la crise, les entreprises consomment moins

Des investissements seront également réalisés en France, où la consommation a légèrement progressé en 2012 (+2,1%) par rapport à l’année précédente, notamment en raison de la vague de froid de février. La hausse aurait pu être bien plus forte, si la crise n’avait pas largement freiné la consommation du secteur industriel (-4%) et des PMI/PME (-1%).

Quant à la production d’électricité française, elle a été orientée à la baisse (-0,3%). Le nucléaire et le thermique sont particulièrement en recul (respectivement -3,8% et -7%). A l’inverse, les énergies renouvelables ont le vent en poupe: elles représentent désormais 16,4% du mix électrique français, très loin toutefois du nucléaire, qui a représenté 74,8% de la production d’électricité française en 2012. Le solde, soit 8,8%, a été produit par le thermique à combustible fossile (charbon, fioul et gaz). L’Allemagne a décidé de sortir définitivement du nucléaire en 2022.

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