Comment aider les salariés à reprendre leurs entreprises

TRAVAIL Le gouvernement veut réformer l'économie sociale et solidaire et proposera un projet de loi au printemps. Pour dynamiser ce secteur, le Conseil économique social et environnemental (Cese) recommande de développer les coopératives...

Céline Boff

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Marc Perotto (debout) a repris en Scop avec trois autres salariés sa société Widip.
Marc Perotto (debout) a repris en Scop avec trois autres salariés sa société Widip. — / SYLVAIN CATHEBRAS

Comment doper l’économie sociale et solidaire (ESS)? Pour le savoir, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a demandé au Conseil économique, social et environnemental (Cese) de se pencher sur le sujet. Ce dernier présentera ses solutions ce mardi. Et insistera plus particulièrement sur un point: le développement des coopératives, ces entreprises dont le capital est majoritairement détenu par les salariés. 

Les enjeux sont multiples, a fortiori en ces temps de crise. D’abord parce que les coopératives résistent mieux aux aléas économiques que les entreprises classiques, comme le prouve une étude du Bureau international du travail de 2009. Ensuite, parce qu’une société en difficulté reprise par ses salariés s’avère une solution pertinente pour maintenir les emplois et les savoir-faire dans les territoires. Un aspect non négligeable à l’heure de l’explosion du chômage et de la désindustrialisation.

Pour le Cese, cette reprise doit même concerner les sociétés saines. Car chaque année, en France, une entreprise à céder sur dix est contrainte de fermer ses portes, faute de repreneur. Cela arrive lorsque le dirigeant part à la retraite, ou quand les investisseurs reprennent leurs billes, comme ce fut le cas l’an dernier pour Widip, une société lyonnaise spécialisée dans l’hébergement informatique.

«L’assurance de rester maître de notre stratégie»

«Quand nos business angels ont souhaité partir, nous avons étudié plusieurs solutions. Passer sous le statut de Société coopérative et participative (Scop), c’était l’assurance de rester maître de notre stratégie», nous explique Marc Perotto, le dirigeant. Seul problème: les quatre salariés doivent trouver 300.000 euros pour racheter le capital de leur boîte. Ils se tournent alors vers Transméa, seul dispositif dédié à la reprise d’entreprise par les salariés en France. Cette société de capital-risque s’adresse uniquement aux entreprises dont le siège est en Rhône-Alpes.

«Transméa nous a aidé à monter notre business plan et nous a apporté 75.000 euros. Ce qui nous a permis de décrocher facilement par la suite un prêt bancaire classique.» Pour Marc Perotto, «discuter de stratégie avec ses salariés associés apporte une vraie plus-value. Ce n’était pas le cas lorsque je devais faire des rapports à nos investisseurs, qui suivaient nos dossiers de loin et étaient un peu déconnectés de la réalité d’une PME. Je dis souvent aux salariés: «Ce n’est pas ma boîte, c’est la nôtre», et cela change tout au quotidien». Passée en Scop au mois d’avril, Widip a depuis recruté quatre nouvelles personnes.

«Encourager les personnes à entreprendre»

«Les pouvoirs publics prennent de plus en plus conscience des atouts du modèle coopératif, de l’enjeu de disposer d’un outil qui encourage les personnes à entreprendre et se regrouper pour gagner leur émancipation économique», écrit le Cese dans son projet d’avis. Il insiste sur deux points: le financement -le Conseil voudrait que les salariés aient accès à des prêts relais à taux zéro- et l’accompagnement des salariés repreneurs.

Le Cese souhaiterait notamment instaurer, pour les sociétés commerciales, un droit d’information des salariés sur tout projet de cession. Et préconise l’application d’un droit de reprise préférentiel pour les salariés repreneurs dans deux cas. Primo, lorsque l’entreprise est défaillante et que le projet de reprise des salariés apparaît économiquement viable. Secundo, quand l’entreprise est saine et que sa reprise intéresse des fonds «prédateurs» dont l’action se solde par des destructions massives d’emplois.

Pour le Cese, il est temps de faire en sorte «que la reprise par les salariés ne se réduise pas à n’être que l’option de la dernière chance». Reste à savoir si le gouvernement, qui doit présenter un projet de loi visant à réformer l’économie sociale et solidaire au printemps, avancera dans ce sens.

Les coopératives en France

La France compte à l’heure actuelle 21.000 entreprises coopératives qui emploient près d’un million de salariés et réalisent un chiffre d'affaires de 288 milliards d'euros. A noter que le taux de pérennité à trois ans des Sociétés coopératives et participatives (Scop) –l’un des modèles de la coopérative– est de 71%, contre 66% pour l’ensemble des entreprises, selon l’Insee.