Mega: Kim Dotcom protège son site, pas ses utilisateurs

TELECHARGEMENT Le nouveau-né du fondateur décrié du site condamné MegaUpload entend prétendre à la légalité dans le domaine de partage de fichiers en ligne...

Bertrand de Volontat

— 

La page d'accueil du site Mega, créé par Kim Dotcom.
La page d'accueil du site Mega, créé par Kim Dotcom. — CAPTURE D'ECRAN/20MINUTES.FR

Offrir au Web une plateforme de partage de fichiers légale, c’est le défi que prétend relever Kim Dotcom avec Mega. Depuis la fermeture par la justice américaine en janvier 2012 de son site MegaUpload, qui affirmait rassembler chaque jour 50 millions d'utilisateurs et représenter 4% du Web, l’Allemand avait annoncé qu’il reviendrait.

De son vrai nom Kim Schmitz et accusé d'avoir frauduleusement amassé 175 millions de dollars en proposant des copies piratées de films, de musique ou encore de séries télévisées, il récidive avec le site de partage de fichiers Mega, surnommé «The Privacy Company». Un clin d’œil aux autorités américaines sur la fonction réelle ou fictive de ce nouveau site. 

Du piratage légal, c’est possible? 

Lancé ce dimanche matin en Nouvelle Zélande, Mega a été submergé jusqu’à en rester bloqué durant plusieurs heures. Avec 300.000 utilisateurs enregistrés dans la journée, Mega rendrait presque commun le piratage sur la Toile. «Je serai surpris que nous n’atteignons pas le million d’utilisateurs», prédit Dotcom. Mais peut-on encore parler de piratage et Kim Dotcom peut-il encore être poursuivi pour activité illégale de partage de fichiers sans licence. En partageant sur Mega, serez-vous dans l’illégalité? Mega est-il un ersatz, une amélioration ou un site totalement différent de MegaUpload? La plateforme légale, l’activité illégale? 

Mega offre gratuitement (pour le moment) 50 GB de stockage et trois packs professionnels de 500 Go à 4 To de  9.9 à 29.99 dollars par mois. «Nous avons levé suffisamment de fonds pour couvrir le lancement, mais nous aimerions proposer Mega gratuitement aussi longtemps que possible», indique le site mega.co.nz, en lançant un appel aux trois investisseurs qui ont soutenu le lancement financier (une société basée au Luxembourg, une en Australie et Lentino Instra Corp, selon http://zataz.com). 

Kim Dotcom a affirmé samedi que Mega n’aurait rien d'illégal. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les partages de fichiers ne le seront pas. «On ne peut rien faire pour nous obliger à fermer, ce site a autant le droit d'exister que d'autres concurrents dans ce domaine», faisant allusion à d'autres sites de partage de fichiers comme Dropbox ou Google Drive. L'un des avocats de Kim Dotcom, Ira Rothken, s'est déclaré lui certain de la légalité du site qu'il a qualifié de «start-up la plus surveillée» de l'ère numérique. 

Ses utilisateurs, vrai danger pour Mega

Ce dernier a pris ses précautions pour éviter les démêlés avec la justice américaine: la plate-forme sera cryptée et décentralisée. Pour se protéger, les vidéos, musiques ou logiciels mis en ligne par les internautes resteront confidentiels et devraient être cryptés grâce à des algorithmes de chiffrement dont le site n'aura pas connaissance. Contrairement à MegaUpload, sur lequel tous les internautes pouvaient accéder à des fichiers susceptibles d'enfreindre les droits d'auteurs, le nouveau site permet à ses utilisateurs de restreindre le partage de leurs documents. Ainsi, chaque fichier chargé sur Mega générera, en plus de l’habituel lien qui permet de le retrouver, une clé cryptée. De ce fait, l'accès aux contenus sera sous la seule responsabilité de l'utilisateur. Il aura le contrôle de la diffusion de son fichier.

«Si les serveurs sont perquisitionnés ou piratés, cela ne donnera rien» aux instigateurs, a expliqué Kim Dotcom. Le blogueur http://bluetouff.com ne l’entend pas de cette oreille: «Kim l’a bien vendu en appelant ça de la "crypto contrôlée par l’utilisateur". Je n’y vois pas de procédé révolutionnaire mais la presse devrait se laisser embobiner assez facilement». Toujours est-il que Mega ne se souvenant pas des clés, le site ne saura pas ce qui est stocké sur ses servers et dans son cloud comme le font les autres sites. Mais cela suffit-il à le -et vous- protéger de la loi? Car de facto Mega ne pourra pas non plus maîtriser les contenus.

Kim Dotcom a pris le soin de mettre en garde les utilisateurs de son site avec des messages de prévention sur le partage de fichiers non autorisés. Si les utilisateurs venaient à ne pas prêter trop attention aux liens et aux messages sur les fichiers qu’ils partagent, Mega se retrouverait exposé à la justice pour illégalité, à l’insu de son plein gré. Car nul doute que les utilisateurs ne s’échangeront pas des documents Word et PDF bien longtemps sur Mega.