Nicole Bricq: «Nos entreprises seront présentes dans la boucle nucléaire turque»

Propos recueillis par Céline Boff

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Le 24 octobre. Nicole Bricq, Ministre du Commerce exterieur, en interview dans son bureau de Bercy, a l'occasion de la sortie du rapport d'UBIFRANCE sur le secteur agroalimentaire francais a l'export.
Le 24 octobre. Nicole Bricq, Ministre du Commerce exterieur, en interview dans son bureau de Bercy, a l'occasion de la sortie du rapport d'UBIFRANCE sur le secteur agroalimentaire francais a l'export. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, a rencontré pendant deux jours à Istanbul plusieurs ministres et hommes d’affaires turcs. Après ces journées marathon et une nuit bien courte, elle a rejoint Paris mercredi soir. Et a répondu aux questions de «20 Minutes» lors de ce retour en avion.

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Trois militantes kurdes d’origine turque ont été abattues d’une balle dans la tête la semaine dernière à Paris. Aviez-vous songé à annuler votre déplacement en Turquie?

Aucun pays n’accepte que l’on assassine trois personnes sur son sol et les autorités françaises sont très attachées à faire toute la lumière sur cette affaire. Mais mon déplacement en Turquie relève d’un autre domaine: je suis venue pour développer notre partenariat économique avec ce pays. Il est notre quatrième client hors Union européenne et un grand marché pour nos PME et nos groupes.

Les relations entre la France et la Turquie se sont dégradées ces dernières années. Qu’attendiez-vous de ce déplacement?

L’ancienne majorité a donné des signes très négatifs à la Turquie, mais nous n’avons jamais cessé de nous intéresser à ce pays. Pour cette visite, j’ai emmené des entreprises françaises, grandes, petites et moyennes, capables de se mettre en lice pour répondre aux besoins de la Turquie en termes d’infrastructures, d’équipements lourds, d’énergie, de commerce courant. Je veux augmenter le nombre de nos investissements en Turquie mais également que les femmes et hommes d’affaires turcs investissent en France. Je veux que la Turquie devienne un partenaire économique privilégié de la France. C’est un nouveau chemin que nous ouvrons.

Vous ne parlez plus d’exportation, mais d’internationalisation. Quelle est la différence?

Il ne suffit plus de vendre un bon produit. Nos partenaires nous demandent de nous implanter dans leur pays et de trouver des coopérations avec les entreprises turques qui souhaitent bénéficier de nos savoir-faire. Ces entreprises se développent également sur des marchés moins accessibles pour les entreprises françaises, comme le Moyen-Orient et l’Afrique. Si nous pouvons nous projeter ensemble sur ces territoires, ce sera bénéfique pour nos deux économies. Nous l’avons fait récemment: Aéroports de Paris s’est allié avec l’entreprise turque TAV et ont décroché ensemble le contrat de l’aéroport de Zagreb (Croatie).

Vous avez rencontré le patron de Turkish Airlines. Y aura-t-il des commandes à venir?

Il y a des discussions avancées. Je pense que nous en verrons le résultat bientôt. Nous avons également salué, avec la compagnie low-cost turque Pegasus, la récente commande ferme de 75 Airbus A320 Neo et de 25 appareils supplémentaires en option. Le secteur aérien turc a de grands projets de développement et nous sommes des alliés fidèles.

Quid du nucléaire?

La Turquie souhaite s’équiper de trois centrales d’ici à cinq ans. Lors de ma rencontre avec le ministre de l’Energie, j’ai pu vérifier que notre offre est en phase avec la demande turque en termes de technologies, de garantie de financements, d’exploitation. La France a des concurrents, mais quels que soient les choix de la Turquie en termes de réacteurs, nos entreprises seront présentes dans la boucle nucléaire turque.

On sent que la Turquie attend beaucoup de la France concernant son adhésion à l’Union européenne (UE). Quelle est votre position sur ce sujet?

La précédente présidence française s’était opposée à cette entrée de la Turquie dans l’UE et avait bloqué les discussions. Les Turcs m’ont exprimé des demandes politiques, j’en référerai à Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, et à Bernard Cazeneuve, ministre des Affaires européennes. Ce déplacement en Turquie était urgent et nécessaire. Au travers de ce nouveau partenariat que nous abordons de manière conquérante avec les Turcs, il y a aussi un message politique.

Ne craignez-vous pas de froisser la communauté arménienne en France?

C’est mon travail de ministre du Commerce extérieur de développer de tels partenariats, je le fais pour le bien général et pour la compétitivité française.