7.500 suppressions de postes chez Renault: Pourquoi l’Etat se tait

AUTOMOBILE Le plan de PSA, cet été, avait été vertement critiqué...

M.B.

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Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, présente ses voeux pour 2013 dans une vidéo
Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, présente ses voeux pour 2013 dans une vidéo — Capture d'écran

Deux poids, deux mesures? Alors que les 9.500 suppressions d’emploi chez PSA avaient suscité l’ire de l’exécutif, l’annonce mercredi par Renault de réduire ses effectifs en France de 14% l’a peu fait réagir. Etrange, à première vue, quand on sait non seulement que l’Etat détient toujours 15% du capital de la marque au losange, mais en plus qu’il a été informé au dernier moment, lundi soir selon Bercy, de l’ampleur du dégraissage: 7.500 postes (8.260 selon les syndicats) d’ici 2016.

Mieux chez Renault que chez PSA dit Sapin

Pourtant ce jeudi, sur France Info, le ministre du Travail Michel Sapin a jugé que «ça se passait mieux» chez Renault que chez PSA. Un commentaire qui tranche singulièrement avec le vocable employé par son collègue Arnaud Montebourg il y a encore quelques mois au sujet de PSA parlant de «dissimulation», et de «mensonges» et autres «erreurs de stratégie». Le 14 juillet, deux jours après la décision de PSA de supprimer 8.000 emplois (réévaluée en décembre à 9.500) et de fermer l’usine d’Aulnay, le président de la République, François Hollande, affirmait  lors de son interview télévisée qu’elle était «inacceptable», et que «l'État ne laissera pas faire».

Pas de licenciements. Vraiment?

Mais l’heure est à l’apaisement aujourd’hui. «On voit la différence entre ceux qui veulent prendre les devants pour éviter une catastrophe sociale et ceux qui n'ont pas suffisamment anticipé et qui doivent traiter des situations sociales extrêmement difficiles», a estimé Michel Sapin. Renault a présenté «un plan avec des diminutions d'effectifs qui évite les licenciements». «Une suppression d'emploi, ce n'est pas un licenciement, c'est un outil industriel», selon lui. «Il y a des outils industriels qui peuvent être à la baisse, seulement il faut le faire le plus tôt possible et de la manière la plus négociée possible avec les partenaires sociaux pour éviter la catastrophe sociale; il peut y avoir d'autres outils qui sont à la hausse», a-t-il expliqué. «Je vois que ça se passe mieux d'un certain point de vue chez Renault que chez PSA puisque chez Renault, on n'annonce pas de licenciement, alors que chez PSA on a annoncé trop de licenciements», a ajouté le ministre.

Or, la direction de PSA répète que dans cette restructuration, «personne ne restera au bord du chemin». L’avenir le dira. Chez Renault, en théorie, comme le dit le ministre du Travail, aucun licenciement n’est prévu, ni plan de départs volontaires, ni fermeture de site, mais 5.700 départs naturels, c'est-à-dire le non remplacement des départs à la retraire, et l’extension de la possibilité pour les salariés à partir de 58 ans de partir avec 75% de leur salaire avant de toucher leur retraite. Encore faut-il que les syndicats qui négocient depuis plusieurs mois avec la direction signent le plan dévoilé cette semaine. Autrement dit, si vous ne le paraphez pas, des licenciements pourraient être nécessaires.

«Personne n’est à l’aise avec cette annonce»

Une méthode qui irrite non seulement les représentants des salariés, mais aussi au plus haut niveau de l’Etat, cinq jours après l’accord négocié entre le patronat et une partie des syndicats sur une plus grande sécurisation de l'emploi pour les salariés en contrepartie d'une souplesse accrue du marché du travail. Et pour cause, le Medef se félicitait alors d’un texte qui «marque l'avènement d'une culture du compromis après des décennies d'une philosophie de l'antagonisme social». Le gouvernement aurait préféré meilleure illustration.

>> Que va changer pour vous l'accord signé par les syndicats et le patronat?

Résultat, «personne n’est à l’aise avec cette annonce», reconnaît en «off» le ministère de l’Economie d’après Le Monde. Mais à la tête de l’Etat, personne n’a intérêt à tirer à vue sur Renault pour préserver le fragile équilibre de la majorité parlementaire. En effet, une partie de l’aile gauche est vent debout contre l’accord des partenaires sociaux qui contient «de nombreuses régressions sociales», mais que le gouvernement transcrira en projet de loi au plus vite pour freiner la hausse du chômage. Pas question donc de lui donner de nouvelles munitions.

Le ministre délégué aux Relations avec le Parlement, Alain Vidalies a déjà prévenu: les élus de gauche devront «voter tout l'accord et rien que l'accord» car «s’il était amendé, dans un sens ou un autre, l’équilibre serait rompu et les partenaires sociaux ne le reconnaîtraient plus».

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