Pierre Pringuet, le directeur général de Pernod Ricard
Pierre Pringuet, le directeur général de Pernod Ricard — E. PIERMONT/AFP

Économie

Pernod Ricard: «Nous n'avons pas vocation à être le Poulidor des spiritueux»

INTERVIEW – Le patron de la firme, Pierre Pringuet, explique comment son groupe veut devenir le numéro un mondial des spiritueux...

Des taux de croissance à deux chiffres en Russie et en Asie, de bons résultats aux Etats-Unis. De quoi faire oublier la morosité sur le marché européen et français en particulier. Pierre Pringuet, le directeur général de Pernod Ricard nous explique comment le groupe continue sur sa lancée, malgré la disparition cet été de Patrick Ricard, son patron emblématique.

Quelle est la recette de Pernod Ricard pour défier la crise?

Elle est simple. Nous nous sommes lancés à la conquête du monde avec un portefeuille de marques premium, notamment vers les marchés émergents à forte croissance. C'était l'ambition du groupe depuis la fusion de Pernod et de Ricard en 1975. Nous faisons désormais 90% de notre chiffre d'affaires à l'international contre 10% à l'époque. Les Etats-Unis et la Chine sont nos deux premiers marchés devant la France. Suivent l'Inde qui a dépassé l'Espagne, la Russie et la Corée... Nous sommes aujourd'hui sur les cinq continents à travers 80 filiales.

Et l'Afrique?

C'est l'avenir. Nous avons la GNNAK! Nous avons cette année ouvert pas moins de 6 nouvelles filiales au Ghana, en Namibie, au Nigéria, en Angola, au Nigéria et au Kenya. Nous voulons faire de l'Afrique l’une de notre première zone géographique de développement. De la même manière que nous l’avions espéré pour l’Asie dès les années 1990, aujourd’hui première région du groupe.

Et la France dans tout ça?

Même si 2013 sera difficile, en raison de la conjoncture et que les produits festifs se vendent moins bien, nous continuons à investir en France notamment dans le cognac avec Martel et dans le Champagne. C'est le pays d'origine du groupe avec 2.800 salariés sur 18.000 au total. Nous en sommes fiers: la preuve, partout dans le monde nous laissons la signature française: «Créateur de convivialité.»

Etes-vous prêt pour d'autres acquisitions?

Nous regardons tout ce qui passe. Mais nous avons déjà un très beau portefeuille, le plus complet de l'industrie avec une grande marque internationale dans chacun des segments (Ballantine's ou Chivas pour le Whisky, Mumm et Perrier-Jouët pour le champagne, Martell pour le Cognac, Ricard, Absolut pour la Vodka...) grâce à trois acquisitions majeures depuis 2001 moyennant 20 milliards d'euros d'investissement. Une chose est sûre, quand une opportunité se présente, il faut être extrêmement réactif.

Et qui vous permettrait de ravir la place de leader au britannique Diageo?

Nous sommes le numéro 2. Nous n'avons pas vocation à être le Poulidor des spiritueux, mais bien le numéro 1. Mais c’est dès aujourd’hui que nous nous devons nous comporter en  leader. Le leader c’est celui qui innove: nous avons donc lancé un programme tous azimuts avec 300 innovations programmées dans nos plans stratégiques: comme Absolut Tune la première Vodka mélangée à du vin blanc effervescent. Nous sommes aussi à l'origine de la premiumisation, cette stratégie de montée en gamme. Faut-il y voir une conséquence?  Forbes nous a classés comme la quinzième société la plus innovante au monde.

Comment le groupe surmonte-t-il le décès de Patrick Ricard?

Patrick qui dirigeait le groupe depuis 1978, était la figure emblématique. Psychologiquement, cela a été un choc pour tout le monde. Mais en dépit de l'impact émotionnel très fort, il n'y a pas eu de conséquences opérationnelles. Patrick avait dit il y a dix ans qu’il s’arrêterait à 63 ans. Il était donc devenu président non exécutif en 2008, moi-même m’occupant de la direction générale. Sa disparition s'est traduite par la nomination de sa sœur, Danièle comme présidente du Conseil d’administration. Nous avons avancé  de quelques mois la nomination d’Alexandre, son neveu, comme directeur général délégué, en confirmant qu’il me succèderait en janvier 2015, ayant atteint pour ma part la limite d’âge fixée par nos statuts.