La France veut retrouver sa place dans le jeu des grands contrats en Turquie

© 2013 AFP

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Un an après leur dernière brouille diplomatique, la France a repris pied en Turquie pour tenter de retrouver une place de choix dans le jeu des grands contrats qu'Ankara, sur la lancée de sa forte croissance, s'apprête à attribuer dans les secteurs stratégiques de l'aéronautique et du nucléaire civil.
Un an après leur dernière brouille diplomatique, la France a repris pied en Turquie pour tenter de retrouver une place de choix dans le jeu des grands contrats qu'Ankara, sur la lancée de sa forte croissance, s'apprête à attribuer dans les secteurs stratégiques de l'aéronautique et du nucléaire civil. — Mira afp.com

Un an après leur dernière brouille diplomatique, la France a repris pied en Turquie pour tenter de retrouver une place de choix dans le jeu des grands contrats qu'Ankara, sur la lancée de sa forte croissance, s'apprête à attribuer dans les secteurs stratégiques de l'aéronautique et du nucléaire civil.

Lors d'une visite de vingt-quatre heures à Istanbul, la ministre française du Commerce extérieur Nicole Bricq, escortée d'une pléiade de patrons des industries françaises du luxe, a répété à ses interlocuteurs turcs que la page des crises était tournée. «Il s'agit de renouer des liens qui ont été quelque peu malmenés ces dernières années. Le fait que je sois là aujourd'hui est un bon signe des relations que nous souhaitons entretenir avec la Turquie (...) un signal politique», a-t-elle lancé mercredi. Pour la première visite bilatérale d'un ministre français sur le sol turc depuis l'élection du président français François Hollande, Mme Bricq a insisté sur le secteur sensible, et stratégique, des grands contrats d'équipement. Celui qui, a-t-elle dit, «nécessite l'implication de l'Etat».

Depuis une dizaine d'années, le vote de lois françaises reconnaissant le génocide arménien, nié par Ankara, ou réprimant sa négation et le refus opposé par l'ex-président Nicolas Sarkozy à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne (UE) ont compliqué les relations entre les deux capitales, et affecté l'activité des entreprises tricolores sur les marchés turcs.

Mercredi, Mme Bricq a donc évoqué avec le ministre de l'Energie Taner Yildiz le projet turc de se doter de trois centrales nucléaires d'ici cinq ans pour réduire sa dépendance en énergie vis-à-vis de l'étranger. «La France a une filière d'excellence en la matière (...) il est bien normal que nous ayons ces discussions», a-t-elle plaidé. M. Yildiz a accueilli son offre avec bienveillance. «Nous allons avoir toute une série de discussions (avec la France) et nous allons voir quels développements nous allons leur donner», a-t-il indiqué.

Encore des nuages

La Turquie a attribué en 2010 la construction de son premier réacteur nucléaire à la Russie et doit annoncer avant la fin du mois son choix pour une deuxième centrale. Et la coentreprise Atmea, détenue par le français Areva et le japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI), s'est déjà mise sur les rangs pour la troisième. Autre chantier relancé par la France, celui de l'aéronautique. L'Européen Airbus a arraché le mois dernier au nez et à la barbe de son concurrent américain Boeing un contrat pour la fourniture de 75 moyen-courrier Airbus A320 Néo (+ 25 en option) à la compagnie à bas coût turque Pegasus. La compagnie nationale Turkish Airlines (THY) discute actuellement avec l'avionneur européen d'une autre commande géante de 150 appareils.

Juste avant de repartir pour Paris, à bord d'un avion de Turkish Airlines, la ministre française s'est entretenue avec ses hauts responsables pour tenter de faire de pencher la balance en faveur d'Airbus. Comme il l'avait fait à Paris en novembre, le ministre turc de l'Economie Zafer Caglayan a lui aussi répété son ambition de relancer le partenariat économique entre les deux pays. «Nos portes vous sont toujours ouvertes», a-t-il lancé aux patrons français en rappelant que son pays prévoyait 250 milliards de dollars d'investissements dans le seul secteur des infrastructures d'ici 2023.

Il a toutefois rappelé à son hôte que tous les nuages qui obscurcissent la relation franco-turque n'avaient pas encore été chassés. A commencer par le dossier sensible de l'entrée de la Turquie dans l'UE. «Avec la Turquie, l'UE aurait eu une croissance de 1,8% en 2011 au lieu de 1,5%», s'est permis de relever M. Caglayan. Et son collègue de l'Energie a rappelé que «des sujets aussi importants que le nucléaire ne peuvent pas être élaborés indépendamment des questions internationales». Le «signal politique» de la visite de Nicole Bricq n'a apparemment pas suffi aux Turcs, qui attendent toujours pour 2013 une visite de François Hollande.