Intervention au Mali: Une mauvaise affaire pour les caisses de l’Etat

DEFENSE Le budget des opérations militaires extérieures (OPEX) va flamber mais Bercy est prêt à rallonger des crédits supplémentaires...

M.B.

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Le ministère de l'économie à Bercy.
Le ministère de l'économie à Bercy. — JPDN/SIPA

L’année 2013 commence mal pour les caisses de l’Etat. Alors que François Hollande prescrit un régime minceur aux finances publiques avec 10 milliards d’euros d’économies en 2013, l’intervention française au Mali risque de compliquer la donne. En effet, plus grand monde ne parie sur la capacité de la France à atteindre son objectif de 3% de déficit d’ici la fin de l’année. L’engagement des forces militaires ne va rien arranger.

Des «dépenses prioritaires» pour Cahuzac

«Il faut s’attendre à un coût élevé qui va modifier l’architecture du budget», estime Philippe Hugon, auteur de Géopolitique de l'Afrique. D’ailleurs, ce mercredi, le ministre de la Défense a reconnu que «le combat sera long». En plus des frappes aériennes, (il faut compter 10.000 à 13.000 euros pour une heure de vol d’un Rafale (hors carburant) et entre 10.000 et 11.000 euros pour un Mirage 2000), plus de 800 soldats ont été déployés sur le terrain. Avec une montée en charge progressive jusqu’à 2.500 hommes.

Si une partie provient d’effectifs déjà déployés en Afrique comme les 450 soldats de la force Licorne en Côte d’Ivoire, face à la menace terroriste, l’exécutif est prêt à en payer le prix. «Ces dépenses seront évidemment prioritaires. Nous avons budgété 630 millions d’euros pour les opérations extérieures (pour 2013, le budget de la Défense s’élève 31,4 milliards d’euros, ndlr). S’il faut dépenser davantage, cela sera pris sur la réserve de précaution», a indiqué mardi Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget, aux Echos. Réserve de précaution qui s’élève aujourd’hui à 6,5 milliards d’euros. Pour l’instant, il y a donc de la marge, mais ces crédits sont censés aussi servir à la dotation accrue de la France à l’Union européenne et à la lutte contre le chômage.

La facture libyenne: 370 millions d’euros

L’an dernier, le budget des opérations militaires extérieures (Opex) était aussi de 630 millions d’euros, mais avait atteint au final 872,9 millions d’euros. Du mieux par rapport à 2011 où la facture avait flambé: 1,25 milliard d’euros en raison de l’intervention en Libye qui a mobilisé durant sept mois jusqu’à 4.000 militaires français pour un total de 368,5 millions d’euros (100,9 millions d’euros de consommation des munitions, 120 millions d’euros d’entretien des matériels, 55 millions d’euros pour la consommation de carburants et 58,4 millions d’euros pour les indemnités versées aux personnels).

Dans tous les cas, il y a donc fort à parier que les crédits dédiés aux Opex vont exploser cette année en tenant compte également «de la difficulté à évaluer le coût des opérations logistiques accompagnant le retrait d’Afghanistan», prophétisait en octobre le député PS Jean Launay dans un rapport sur les crédits de la Défense.

L’UE à la rescousse?

Néanmoins, une bonne surprise n’est pas à écarter pour le porte-monnaie de l’Etat. «L’Union européenne va-t-elle contribuer au financement de la guerre?» s’interroge Philippe Hugon. Bien que la France puisse se prévaloir du soutien des 27 en plus de l’ONU, Paris souhaite ne pas être le seul à s’engager sur le terrain. Mais la France risque d’attendre.

Si les Etats-Unis pourraient notamment envoyer des drones et aider aux transports des forces françaises, la Grande-Bretagne affecter deux avions C-17, la Belgique et le Danemark prêter des avions de transports, les pays du vieux continent ont clairement d’autres chats à fouetter. Difficile d’envisager une intervention directe de nos voisins allemands, par exemple, à neuf mois des élections législatives. En décembre, l’Union européenne avait annoncé l’envoi de 400 militaires pour début mars, mais juste pour former l'armée malienne.