Le visage du commerce mondial transformé par de nouvelles données

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L'OCDE et l'OMC ont publié mercredi de nouvelles statistiques qui prennent mieux en compte la réalité de la mondialisation dans le commerce international, révélant notamment un poids plus important des services.
L'OCDE et l'OMC ont publié mercredi de nouvelles statistiques qui prennent mieux en compte la réalité de la mondialisation dans le commerce international, révélant notamment un poids plus important des services. — Eric Piermont afp.com

L'OCDE et l'OMC ont publié mercredi de nouvelles statistiques qui prennent mieux en compte la réalité de la mondialisation dans le commerce international, révélant notamment un poids plus important des services. Selon ces nouvelles données, les services, qui représentent un peu plus de 20% du commerce mondial dans les calculs traditionnels, ont en fait un poids deux fois plus important, expliquent l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dans un communiqué.

Cette initiative conjointe sur les échanges en valeur ajoutée "rompt avec les statistiques commerciales classiques qui mesurent les flux bruts de biens et de services à chaque franchissement de frontière", affirment-elles. "Elle cherche plutôt à analyser la valeur ajoutée par les pays dans la production des biens ou services exportés et offre ainsi une vision plus complète des relations commerciales entre les nations", estiment ces institutions. "Un bien produit dans l'UE et exporté aux Etats-Unis inclut des composants de Chine et du Japon, utilisant des matières premières et des services en provenance d'Australie, de Russie ou d'Inde", a lancé le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, lors d'une conférence de presse à Paris.

Ainsi, selon l'expression du directeur général de l'OMC Pascal Lamy, les produits seraient désormais "made in the world", ou "fabriqués dans le monde", et non plus "made in France, "made in Italy" ou "made in China". Parmi les principaux enseignements tirés de cette première étude, qui sera approfondie dans les prochains mois, on constate que "l'excédent commercial bilatéral de la Chine avec les Etats-Unis est inférieur de 25% lorsqu'il est calculé en valeur ajouté". Cet écart s'explique par le fait que les produits exportés par la Chine aux Etats-Unis intègrent en réalité une grande part de services et biens intermédiaires américains.

40% de la valeur de l'électronique chinoise

Autre constat: en valeur ajoutée, les Etats-Unis prennent la place de l'Allemagne comme premier partenaire commercial de la France. Cette dernière "exporte des biens et services intermédiaires vers l'Allemagne et les autres économies européennes, mais une partie de la valeur ajoutée ainsi exportée se dirige vers des marchés tiers, notamment les Etats-Unis", une fois les biens européens exportés vers les Etats-Unis, expliquent les auteurs de l'étude. Du coup, le déficit commercial de la France vis-à-vis des Etats-Unis est moindre lorsqu'on le calcule en valeur ajoutée.

En outre, les exportations de services, qui sont déjà un point fort de l'économie française, sortent encore renforcées par cette nouvelle approche: 55% de la valeur ajoutée des exportations brutes totales vient des services. Par ailleurs, la puissance exportatrice de certains pays, comme l'Allemagne, est mieux mise en perspective par cette analyse plus fine. Ainsi "un tiers de la valeur totale des véhicules automobiles exportés d'Allemagne vient en fait d'autres pays, et le contenu étranger représente près de 40% de la valeur totale des exportations de produits électroniques chinois", soulignent les experts de l'OCDE et de l'OMC.

Autrement dit, "si l'Allemagne disait +pas d'importations+, et bien, elle n'exporterait plus de voitures", a fait valoir Angel Gurria. Pour Pascal Lamy, "les pays qui exportent le plus et le mieux sont les pays qui importent le plus et le mieux". "Bloquer les importations nuit à la croissance de la productivité d'un pays et nuit donc automatiquement à sa compétitivité", a renchéri le secrétaire général de l'OCDE.