Pierre Gattaz: «Il y a un vrai risque pour la démocratie du Medef»

INTERVIEW Le PDG du groupe Radiall et président du GFI explique à «20 Minutes» son projet de candidature à la présidence du Medef...

Propos recueillis par Claire Planchard

— 

Pierre Gattaz (centre) et Laurence Parisot (à droite) en juillet 2009 à Paris.
Pierre Gattaz (centre) et Laurence Parisot (à droite) en juillet 2009 à Paris. — Kenzo Tribouillard/AFP

La course à la présidence du Medef a bel et bien commencé. Les candidatures se sont multipliées ces derniers jours, alors que l’actuelle présidente Laurence Parisot tente in extremis de modifier les statuts de l’organisation pour prolonger son mandat qui doit prendre fin en juillet prochain. Dernier candidat en date: Pierre Gattaz, 53 ans, PDG du groupe Radiall, président du Groupement des fédérations industrielles (GFI) et fis d’Yvon Gattaz, qui dirigea de 1981 à 1986 le CNPF, ancêtre du Medef. Il explique à 20 Minutes son projet à la tête de l’organisation patronale.

Pourquoi avoir choisi ce moment précis pour annoncer votre candidature ?

On a tous été surpris au comité exécutif du Medef de voir tomber à 2h du matin un ordre du jour dans lequel figurait le problème du changement des statuts. Ce n’était jusqu’alors qu’une rumeur, mais je me suis dit que ça devenait sérieux. C’est une décision que j’avais prise de longue date et je ne souhaitais pas me précipiter mais je voulais que les autres membres du comité sachent que j’étais candidat avant la réunion. Je leur ai donc envoyé ce mail lundi matin, avant d’officialiser dans la soirée ma candidature dans un communiqué.

Vous êtes très critiques sur ce projet de modification des statuts…

Oui, il y a un vrai risque pour la démocratie du Medef mais aussi pour l’image et l’exemplarité que l’on donne. Laurence Parisot a ouvert une boîte de Pandore et je pense qu’il faut vite qu’elle la referme pour stabiliser l’image du Medef mais aussi retrouver une certaine sérénité. Cette décision a suscité beaucoup d’émotion parmi les patrons de province et certaines fédérations. En fermant cette boîte de Pandore, elle sortirait par le haut.

Comment envisagez-vous de concilier cette mission avec votre rôle à la tête de Radiall?

S’occuper du Medef suppose un très fort investissement. Je me suis d’ores et déjà organisé différemment: j’ai constitué une équipe de direction resserrée qui doit me permettre de passer la campagne.  Après, on verra. Mais si on devait changer les statuts de l’organisation, je serais partisan de les raccourcir plutôt que de les rallonger. Cinq ans c’est déjà beaucoup mais trois ans de plus c’est énorme. Cela risque «d’apparatchiser» la fonction, de la déconnecter du terrain. Pour que le Medef marche bien, il faut qu’il soit en mouvement et en respiration permanents. Pour cela, il serait bon de voir des patrons opérationnels se succéder à sa tête. Cela est possible parce qu’il y a derrière un appareil qui fonctionne et que son patron ne doit être que le porte-parole.

Etre un patron d’industrie est-il un point fort de votre candidature, en plein débat sur la compétitivité?

Ma candidature me paraît en effet naturelle mais je veux être le candidat du rassemblement. On ne pas se permettre aujourd’hui d’être divisés dans le monde patronal: il faut que grands, petits, services comme industrie soient en rangs serrés dans le combat économique contre notre concurrent asiatique. Il faut donc un discours de rassemblement, mais aussi une vision et une ambition.

Quel est votre projet?

Il faut privilégier une vision d’entrepreneurs de terrain sur la fiscalité, la compétitivité, le coût de l’énergie ou le coût du travail, qui sont des préoccupations majeures. Mais le Medef doit aussi participer à toutes les grandes réflexions du pays, comme les retraites ou la réduction des déficits. Nous devons aussi mener une véritable évangélisation économique auprès de nos concitoyens qui ne connaissent pas bien l’économie. Il faut pour cela un discours équilibré, simple, pragmatique, pour démontrer que l’économie n’est pas seulement sèche et financière mais qu’elle apporte du bien-être aux gens.

L’expérience de votre père à la tête du CNPF vous guide-t-elle dans cette campagne?

J’ai été bercé par les projets de mon père durant toute mon enfance. Un engagement très économique, porté sur la formation des jeunes et les entreprises de taille intermédiaire. Je m’entends extrêmement bien avec lui et on échange sur tous ces sujets. C’est une grande richesse de l’avoir comme père.