Marchés: Une rumeur sur Twitter impacte la dette française

Céline Boff

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Le site de micro-blogging Twitter.
Le site de micro-blogging Twitter. — NICHOLAS KAMM / AFP

Le démenti est formel. La note de la France ne sera pas dégradée. C’est ce qu’a assuré ce mardi une source officielle française, contredisant une rumeur née plus tôt sur Twitter. Rappelons que les Etats sont prévenus douze heures à l'avance d'une dégradation de note.

La rumeur a fait augmenter pendant une heure le rendement sur la dette française à 10 ans. Très légèrement toutefois: l’écartement a représenté seulement deux points de base, soit 0,02%. «A 14h30, le taux à 10 ans était de 2,10%, il a atteint 2,12% à 14h50, quand les agences de presse ont commencé à relayer la rumeur, puis est revenu à la normale après le démenti. A 16h, il était à 2,10%», précise à 20 Minutes une source de marché. Qui insiste: «Deux points de base, ce n’est vraiment rien du tout».

>> Comment la rumeur se propage sur les marchés

Des rumeurs fréquentes depuis 2011

Une question se pose toutefois: Twitter pourrait-il être tenu responsable du colportage de ces rumeurs? Rappelons que le réseau social est déjà dans la ligne de mire du gouvernement au sujet des messages antisémites, racistes ou homophobes qui s’y multiplient. La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem doit d’ailleurs s’entretenir mercredi par téléphone avec l’un des vice-présidents de la firme à ce sujet.

«Les rumeurs ont toujours été difficiles à contrôler, que ce soit sous l'Ancien Régime ou à l'ère d'Internet», argue l’économiste et consultant indépendant Norbert Gaillard, auteur de l’ouvrage «Les agences de notation». L’expert estime que si l’on muselait Twitter, «d'autres vecteurs d'informations apparaîtraient».

«Les rumeurs de ce type sont très fréquentes», assure un autre spécialiste. Et elles se multiplient depuis 2011. En avril 2012, la rumeur d'une dégradation de la note de la France, pourtant peu probable à cette époque, avait suffi à faire basculer la Bourse de Paris dans le rouge. Le CAC 40 avait perdu plus de 2% en une après-midi.

En novembre 2011, c’est l’agence Standard & Poor's qui avait annoncé par erreur une dégradation de la note de la France. L’Autorité des marchés financiers (AMF) avait alors ouvert une enquête. Enquête qui suit toujours son cours, nous explique l'AMF, qui ne souhaite pas commenter cette rumeur sur Twitter, précisant seulement qu'elle «poursuit son travail quotidien de surveillance» .

L'AMF a en tout cas le pouvoir d'enquêter sur de telles rumeurs, puisque l’un des articles de son règlement général dispose que «toute personne doit s'abstenir de communiquer, ou de diffuser sciemment, des informations, quel que soit le support utilisé, qui donnent ou sont susceptibles de donner des indications inexactes, imprécises ou trompeuses sur des instruments financiers, y compris en répandant des rumeurs ou en diffusant des informations inexactes ou trompeuses, alors que cette personne savait ou aurait dû savoir que les informations étaient inexactes ou trompeuses».

Pour Norbert Gaillard, enquêter systématiquement et condamner les «esprits malveillants» à de lourdes amendes serait une bonne manière d’agir et de dissuader. 

Une dégradation possible en 2013

Reste la question de la dégradation prochaine de la France. En novembre, Standard & Poor's (S&P) a confirmé la note souveraine de la France en maintenant la perspective négative et en prévenant que l'objectif gouvernemental de réduction du déficit public ne sera pas tenu en 2013. La note à long terme de la France a donc été confirmée à AA+, niveau auquel elle a été ramenée en janvier 2012, mais l'agence précisait dans un communiqué qu'il y a au moins une chance sur trois qu'un nouvel abaissement de note intervienne au cours de l'année 2013.

Pour Norbert Gaillard, cette probabilité est haute et S&P serait l’agence «la plus susceptible de nous dégrader, car Moody's est passée à l'action il y a seulement deux mois et que Fitch a une politique plus attentiste».