Une manifestation anti-austérité le 14 novembre dernier à Lille.
Une manifestation anti-austérité le 14 novembre dernier à Lille. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Économie

Faut-il nationaliser la dette française?

DEBAT – Cette année, la France prévoit d'emprunter 169 milliards d'euros, contre 178 milliards en 2012. Une dette qui devrait être majoritairement achetée par des investisseurs étrangers...

Ce lundi, l’Etat français tentera d’emprunter 6 à 7,2 milliards d’euros. L’opération devrait bien se passer: depuis quelques mois, la dette française attire les investisseurs et le pays emprunte à des taux extrêmement bas.

Tout va donc pour le mieux. Et pourtant, une vieille idée revient sur le tapis: nationaliser la dette française. Ou plutôt, la renationaliser. Car si en 1993, les Français détenaient 68% de la dette du pays, ils en possèdent désormais 34%. Le reste -soit 66%- appartient donc à des investisseurs étrangers. A titre de comparaison, les Américains possèdent 46% de leur dette publique, les Anglais, 69%, et les Japonais, 94%.

Protéger le pays des aléas du marché

Mais pourquoi renationaliser notre dette? Tout simplement pour éviter que les investisseurs étrangers ne s’en désintéressent, voire qu’ils retirent massivement leurs capitaux, comme cela arrive actuellement à l’Espagne. La France court-elle ce risque? Difficile à dire puisque notre Etat ne connaît pas l’identité de ses créanciers –seul le privé, et notamment les grandes banques françaises et étrangères, est au parfum. C’est une exception française: cette opacité n’existe pas dans les autres pays.

Cette question de la nationalisation serait-elle une idée de gauche? Pas vraiment. Elle est en tout cas défendue bec et ongles par la députée UMP Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM): «Nous devons agir sur la trop forte exposition de notre dette (…) sans attendre d’y être contraints par des taux élevés», estime-t-elle.

Pour que les Français se décident à acheter de la dette nationale, il faudrait que l’Etat fixe un taux attractif. «A 4%, il devient plus intéressant pour un particulier d’investir dans une obligation d’Etat que dans un livret A ou une assurance-vie», avance Gaël Giraud, chercheur au CNRS en économie.

Une opération plus chère pour l’Etat

Mais comme la France emprunte actuellement à très bas prix, cela lui coûterait du coup plus cher. Ce n’est pas un souci de l’avis de NKM: «La sécurité vaut bien ce coût supplémentaire, d’autant qu’il profiterait aux Français». «L’enjeu de la renationalisation est d’échanger des emprunts de court terme, potentiellement très volatiles et détenus par des investisseurs peu prédictibles, contre des emprunts de très long terme, certes un peu plus chers, mais stables», complète Gaël Giraud.

Selon l’économiste Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des Epargnants, «la France pourrait ainsi lever sans problème 10 milliards d’euros s’il y a des incitatifs. Cela ne résoudrait pas notre problème de financement. Mais ce serait un message adressé aux marchés en disant que nous souhaitons être plus indépendants et donc moins contraints par les agences de notation».

Rappelons que la France prévoit d'emprunter 169 milliards d'euros en 2013, contre 178 milliards en 2012.