Les acteurs français sont-ils trop payés?

DECRYPTAGE «20 Minutes» fait le point sur la polémique qui monte sur fond d'exil fiscal de Gérard Depardieu...

Claire Planchard
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Jean dujardin et Alexandra Lamy sur le tapis rouge du Festival de Cannes le 27 mai 2012.
Jean dujardin et Alexandra Lamy sur le tapis rouge du Festival de Cannes le 27 mai 2012. — VILLARD/NIVIERE/SIPA

Après le salaire des patrons et des sportifs, voilà que l’inflation des cachets de certains acteurs hexagonaux est à son tour dans le collimateur. La polémique a été lancée le 28 décembre avec la parution dans Le Monde d’une tribune de Vincent Maraval, producteur et cofondateur de la société de distribution de films Wild Bunch.

«Pourquoi est-ce qu'un acteur français de renom, qu'il se nomme Vincent Cassel, Jean Reno, Marion Cotillard, Gad Elmaleh, Guillaume Canet, Audrey Tautou, Léa Seydoux, touche pour un film français - au marché limité à nos frontières - des cachets allant de 500.000 à 2 millions d'euros, alors que, dès qu'il tourne dans un film américain, dont le marché est mondial, il se contente de 50.000 à 200.000 euros?», lance Vincent Maraval dans ce texte intitulé « Les acteurs français sont trop payés».

Une inflation favorisée par les chaines de télévision

Il y dénonce l’inflation des salaires de certains artistes français qui font flamber les budgets du secteur, alors même que le succès commercial n’est pas toujours au rendez-vous. «Après les films des studios américains, la France détient le record du monde du coût moyen de production : 5,4 millions d'euros, alors que le coût moyen d'un film indépendant américain tourne autour de 3 millions d'euros.» explique-t-il.

>> En images : Les 20 acteurs les mieux payés en France en 2011

Selon une enquête de Libération publiée vendredi, la part de l’interprétation (le cachet des acteurs) dans le budget des films agrées par le CNC en 2011, grimpe en effet avec le coût du film: 5,5% pour les films à moins de 1 million d’euros, contre 13,3% pour ceux à plus de 15 millions.

La faute selon le producteur au système de financement du cinéma en France et plus particulièrement à l’obligation légale d’investissement des chaines de télévisions privées: pour faire face à la concurrence des autres chaines et d’autres programmes qui ont la cote comme les séries ou la téléréalité, elle ne veulent miser que sur quelques têtes d’affiches, des valeur sûres consensuelles, qui leur garantiront un retour sur un investissement terme d’audience et donc de recettes publicitaires, même au prix fort.

«Le seul scandale, le voilà: les acteurs français sont riches de l'argent public et du système qui protège l'exception culturelle», concluait Maraval, proposant de plafonner à 400.000 euros le montant du cachet, avec un intéressement obligatoire sur le succès en salle, dans les films produits dans le cadre ces obligations légales d'investissement. «Qu'on laisse à Dany Boon un cachet de 10 millions d'euros, si telle est véritablement sa valeur marchande. Mais alors que ce soit en dehors de ces obligations. Et redonnons ainsi à notre système unique et envié sa vertu en éliminant ses vices» concluait-il.

Le cinéma d’auteur français menacé?

Depuis sa publication, cette tribune ne cesse d’agiter le secteur, au point que le prestigieux  magazine américain The New Yorker, y a même consacré un article «L’avenir du cinéma français» jeudi sur son site.

Au final, la plupart de ses commentateurs partagent son diagnostic, tout en émettant des réserves sur l’argumentaire. Dans une tribune publiée vendredi dans Le Monde, le réalisateur Philippe Lioret dément même formellement le chiffrage de ses revenus avancé par Vincent Maraval.

Par ailleurs, nombre de professionnels craignent qu’en tirant à boulet rouge sur quelques mastodontes profiteurs, Maraval n’ouvre la voie à une refonte globale du système d’aide au financement du cinéma français. Celui là-même qui a permis jusqu’à aujourd’hui de produire de nombreux films non pas seulement en fonction de leur potentiel commercial mais aussi de leur intérêt artistique.