Henri Proglio le 12 novembre 2012 à Martigues
Henri Proglio le 12 novembre 2012 à Martigues — A-C POUJOULAT / AFP

Économie

EDF en Chine: Le contrat qui sème la polémique

ENERGIE – Les aventures de l’électricien français dans l’Empire du milieu sont source de rebondissements...

Un vrai panier de crabes. Les ambitions d’EDF en Chine virent au cauchemar pour son patron, Henri Proglio. Non seulement elles fragilisent le maintien à son poste de ce chiraquien, qui s’était rapproché de Nicolas Sarkozy, mais elles ne seraient pas étrangères, par ricochet, à l’agression d’une syndicaliste d’Areva, rival de l’opérateur électrique. 20 Minutes fait le point sur ce dossier à tiroirs.

Pourquoi EDF s’est aventuré en Chine

Selon Le Canard enchaîné de mercredi, le patron d'EDF a présenté «quelques semaines avant la présidentielle, le 11 avril», à ses administrateurs «un accord de coopération avec Pékin», signé en novembre 2011, pour la construction de centrales nucléaires équipées d'un nouveau réacteur, concurrent de l'EPR, avec China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC), sans y associer Areva, qui fabrique pourtant des centrales. Le projet a été bloqué le «19 avril, à trois jours du premier tour de la présidentielle», par le ministre de l'Economie de l'époque, François Baroin.

Pourquoi? D’après le journal citant un haut fonctionnaire, «sous couvert d’une collaboration industrielle, les dirigeants d’EDF avaient l’intention de brader le savoir-faire français et les petits secrets atomiques à une puissance étrangère».

Une fois à l’Elysée, François Hollande a lui aussi retoqué le projet. Mais un mois plus tard, c’est Luc Oursel, le patron d’Areva, qui le remet au goût du jour en partenariat avec EDF et son homologue chinois CGNPC. Banco dit l’Elysée. Après une réunion du Conseil de politique nucléaire en septembre sous l'autorité du président de la République, EDF finit par signer le 19 octobre avec Areva et CGNPC «un accord confidentiel tripartite».

Pourquoi Bercy enquête sur Proglio

Toujours d’après Le Canard, «Henri Proglio est visé par une enquête de l'Inspection générale des finances déclenchée il y a quelques jours à la demande du gouvernement». Bercy cherche à «élucider les conditions» dans lesquelles a été signé le premier contrat de novembre 2011 avec CGNPC. L'hebdomadaire satirique ajoute que «de leur côté, les services de renseignement s'efforcent d'établir la nature des liens entre certains dirigeants d'EDF et leurs partenaires chinois». 

En creux se cache une guerre au sommet entre deux groupes dont les relations sont notoirement mauvaises. La mise à la porte d’Anne Lauvergeon de la tête du groupe nucléaire en 2011 en est une illustration. «Mais, en voulant pactiser si étroitement avec son homologue chinois, l’électricien français cherchait aussi à tuer la concurrence… hexagonale. En particulier celle d’Areva, expert en ingénierie nucléaire, qui se retrouvait quasiment exclu du marché international», analyse Le Canard enchaîné. Malgré l’accord du 19 octobre, «il ne faut pas se faire d’illusions: entre Areva et EDF, l’ambiance est électrique», explique un membre du Conseil de politique nucléaire. Ce jeudi dans les colonnes du Parisien, Hervé Machenaud, directeur de la production d’EDF, tente de justifier la décision de son patron de jouer en solo avec les chinois: «Ne pas signer cet accord nous faisait courir le risque de voir un certain nombre de contrats importants ne passez sous le nez.» Selon lui, cet accord «est resté à l’état de brouillon. Dans le même temps, nous travaillions également sur un accord tripartite qui incluait cette fois Areva», explique-t-il.

>> Anne Lauvergeon: «La mise en place d'un clan au sommet de l'Etat a orienté des décisions contraires aux intérêts de la France»

Chiraquien, devenu proche de Nicolas Sarkozy et de Jean-Louis Borloo, Henri Proglio n’est décidément pas en odeur de sainteté au sein de la nouvelle majorité. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer, selon Le Canard enchaîné. «Il nous fait une cour effrénée», raconte un ministre. Il n’en reste pas mois sur un siège éjectable.

Pourquoi une syndicaliste d’Areva a été agressée

Victime collatérale de ce duel au sommet? Maureen Kearney, syndicaliste d’Areva, a été retrouvée chez elle cagoulée, bâillonnée et ligotée à un fauteuil le 17 décembre dernier. Une enquête est menée par les gendarmes de la section de recherches de Versailles, dans les Yvelines, à la suite de cette agression, que Libération ce jeudi lie à l'accord de coopération tripartite signé en octobre 2012 entre EDF, Areva et CGNPC. La syndicaliste exigeait une copie de l'accord et s'inquiétait notamment des risques de transferts technologiques trop généreux envers le partenaire chinois, selon Libération.