Réforme des banques: Votre argent sera-t-il mieux protégé?

Céline Boff

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Illsutration retrait bancaire.
Illsutration retrait bancaire. — MICHEL GANGNE / AFP

«Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi, de leurs opérations spéculatives». C’était la proposition n°7 dans le programme du candidat Hollande.

Finalement, les opérations spéculatives ne seront pas toutes isolées dans une filiale. Celles qui sont jugées «utiles» ne seront pas séparées de l’activité de crédits aux particuliers et aux entreprises. Elles continueront donc d’être financées par les dépôts des ménages et elles bénéficieront toujours de la garantie de l’Etat, et donc du contribuable.

Mais qu’est-ce que le gouvernement juge utile? «Eh bien, ce sont toutes les opérations qui sont réalisées pour des clients. Et par définition, la quasi-totalité des transactions sont réalisées avec un client, qui peut d’ailleurs être un spéculateur», répond Thierry Philipponnat, secrétaire général de l’association Finance Watch. Pour étayer son propos, il rappelle que BNP Paribas a reconnu que les opérations spéculatives «non utiles» représentent moins de 2% de son activité affaires…

«Pile, je gagne, face, tu perds»

«Séparer ne veut pas dire punir. Mais aujourd’hui, les banques consacrent 10% de leur activité aux prêts aux entreprises, 12% aux prêts aux particuliers et le reste -78% tout de même– correspond à des opérations sur les marchés financiers, à des investissements ou à des prêts à des fonds spéculatifs. Je ne vois pas pourquoi les contribuables devraient soutenir ces activités qui ne leur bénéficient pas directement», s’agace Thierry Philipponnat, qui ajoute: «Les banquiers ont inventé un système qui permet de privatiser les profits et de mutualiser les pertes. C’est une médaille qui dit «Pile, je gagne, face, tu perds»».

Pour Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste à l'Université Paris 1, spécialiste des banques et des systèmes financiers, renoncer à une séparation stricte entre la banque de détail et les activités de marché «n’est pas forcément une mauvaise chose». «Pour améliorer la stabilité du système financier, il ne faut pas isoler les activités risquées, il faut les réduire! D’autant plus que toutes les activités peuvent être risquées, y compris les crédits aux particuliers et aux entreprises».

Faire payer le risque aux banques

L’économiste aurait voulu que la France «contraigne les banques à payer le prix du risque qu’elles font porter à la collectivité. C’est-à-dire qu’il soit plus exigeant sur certaines conditions, par exemple sur le niveau de fonds propres dont doivent disposer les banques». Une autre grande réforme –mondiale celle-ci et appelée Bâle III– le prévoit. Elle doit s’appliquer en France dès 2013. «Mais de nombreux éléments ont été revus à la baisse ou reportés sine die», s’inquiète l’économiste.

Une bonne nouvelle cependant: en cas d’incident de paiement, les ménages les plus modestes, c’est-à-dire ceux en surendettement ou aux minima sociaux, paieront des commissions à un montant plafonné. «C’est bien, mais pourquoi ne pas plafonner ces frais, dont les montants sont arbitraires, pour l’ensemble des usagers?», interroge Serge Maître, secrétaire général de l’Association française des usagers des banques (Afub).