Le dimanche, un jour presque comme les autres aux Etats-Unis

REPORTAGE Il n'y a pas de loi fédérale qui restreigne le travail dominical et dans les boutiques ou les supermarchés, la paie est en général la même quel que soit le jour...

Philippe Berry
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La consommation a bien soutenu la croissance pendant l'été aux Etats-Unis, mais sa marge de progression apparaît limitée compte tenu de la baisse du pouvoir d'achat des Américains sous l'effet conjugué de l'inflation et de la hausse médiocre des revenus.
La consommation a bien soutenu la croissance pendant l'été aux Etats-Unis, mais sa marge de progression apparaît limitée compte tenu de la baisse du pouvoir d'achat des Américains sous l'effet conjugué de l'inflation et de la hausse médiocre des revenus. — Chris Hondros afp.com

De notre correspondant à Los Angeles

Au pays des télévangélistes, le jour du Seigneur n'a plus rien de sacré. «En signant mon contrat, j'accepte d'être disponible 7 jours sur 7», explique Gail, caissière dans un Trader Joes de West Hollywood, une chaîne de supermarchés pourtant réputée pour mieux traiter ses employés que Walmart. «Quand je travaille le dimanche, mon mari s'occupe des enfants.»

«Il n'y a pas de loi fédérale qui restreigne le travail dominical. Tout fonctionne au cas par cas, selon les Etats et les accords de branche», explique Douglas Ray, doyen de l'école de droit de l'université St Thomas, à Miami.

« La France, l'autre extrême»

Gail a de la chance: Trader Joes ferme à 21h. Dans les supermarchés, l'ouverture 7j/7 est la norme, parfois jusqu'à minuit ou même 24h/24 pour certains. «Ai-je vraiment besoin d'acheter du shampooing au milieu de la nuit? Sans doute pas. Mais les centres commerciaux fermés le dimanche en France, c'est l'autre extrême. Il faut un juste milieu», juge Rebecca, une étudiante française de UCLA.

Reste la question des salaires. Aux Etats-Unis, la rémunération dominicale échappe également à une régulation nationale. Dans les boutiques ou les supermarchés, la paie est en général la même quel que soit le jour. Les salariés qui touchent un bonus, souvent de 50 à 100%, sont ceux qui ne travaillent qu'exceptionnellement le dimanche, comme les secrétaires dépannant leur patron.

Le dimanche résiste

Outre-Atlantique, le dimanche n'a pas totalement rendu les armes. Les agences gouvernementales, les banques et la Poste ouvrent en général du lundi au vendredi, de 9h à 17h, et parfois le samedi matin.

Selon des vestiges des lois religieuses (Blue laws), un employé peut encore demander à ne pas travailler le dimanche. L'employeur doit faire un «effort raisonnable» pour l'accommoder, explique Douglas Ray. Dans la pratique, c'est compliqué, surtout dans les PME. Mike est vendeur dans une boutique de vêtements sur Melrose Ave. «Nous ne sommes que trois employés. Si j'annonce à ma boss que je ne viens pas car je dois aller à l'église, ça ne va pas passer.»

Dans certains Etats, la vente de bouteilles d'alcool est encore limitée ou interdite ce jour-là. La chaîne de fast-food Chick-Fil-A, originaire de Géorgie, n'est, elle, ouverte que du lundi au samedi. En 1946, le fondateur, Truett Cathy, décide que le dimanche doit permettre à ses employés «de se reposer, de passer du temps en famille ou avec des amis et de rendre grâce au Seigneur». Dans le sud américain, Dieu reste plus fort que le capitalisme.