L'encadrement des loyers à Stockholm, ça fonctionne?

REPORTAGE Alors que l'Europe est empêtrée dans la crise, la Suède affiche une bonne santé économique. «20 Minutes» vous propose une série de reportages sur ce modèle. Ce mercredi, partez à la découverte de l'immobilier suédois...

Céline Boff

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A Stockholm comme dans le reste de la Suède, les loyers sont encadrés.
A Stockholm comme dans le reste de la Suède, les loyers sont encadrés. — Céline Boff

En France, le décret sur l'encadrement des loyers privés à la relocation est entré en vigueur le 1er août dernier. Mais il est seulement temporaire: il expirera l’année prochaine, pour être remplacé par une loi cadre. En Suède, le plafonnement des loyers existe depuis longtemps. «20 Minutes» a voulu savoir comment il était vécu par les Stockholmois. C’est le troisième reportage de notre série consacrée au royaume nordique.

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De notre envoyée spéciale à Stockholm

Stefan, 30 ans, vit dans un joli T1 de 40 m2, niché au cœur du très en vogue quartier de Södermalm. Pour un loyer presque dérisoire dans une capitale européenne: 4.200 couronnes, soit un peu moins de 500 euros par mois. Car à Stockholm comme dans le reste de la Suède, les loyers sont encadrés. Concrètement, les bailleurs privés ne peuvent proposer leurs logements à des prix dépassant de plus de 5% ceux des HLM du voisinage.

«J’ai dû attendre sept ans»

Si Stefan est aujourd’hui un locataire heureux, il lui a fallu redoubler de patience. «J’ai dû attendre sept ans avant de décrocher ce logement… Je ne le lâcherai jamais!», nous assure-t-il. «Ici, le marché locatif est quasi inexistant. Les gens restent collés à leur appartement», confirme Pierre-Maurice Aflalo, président de la Chambre de commerce française en Suède.

Les listes d’attente mises en place par le secteur privé locatif sont d’une longueur quasi interminable. «Il n’est pas rare que les familles y inscrivent leurs enfants dès leur naissance pour être sûres qu’ils accèdent à un logement à leur majorité», assure Vincent Androuet, fromager français installé dans le très chic quartier d’Östermalm.

Et certains n’hésitent pas à profiter de la situation. Malgré une surveillance réelle, des locataires parviennent à sous-louer leur logement à des loyers pouvant atteindre le double de la limite légale. D’autres bailleurs respectent les niveaux de prix, mais demandent des «petits gestes… Un versement cash qui peut aller jusqu’à 30.000 euros pour un deux pièces», nous assure un expert.

A la vente, les logements sont aux prix parisiens

Si les plafonds des loyers sont accusés de freiner la construction d’appartements affectés à la location, l’édification des logements destinés à la vente manque elle aussi de dynamisme. «Il y a une carence de 120.000 logements à Stockholm et il s’en construit seulement 15.000 par an», avance Pierre-Maurice Aflalo. Et comme les prix à la vente ne sont pas plafonnés, ils ne cessent de grimper. Ils sont grosso modo aux niveaux parisiens.

Ce qui ne freine pas l’appétit pour la propriété des Stockholmois. D’autant plus que jusqu’en 2010, les Suédois pouvaient emprunter jusqu’à 110% du prix de leur logement. Sans apporter aucun capital. Sans s’engager sur une durée précise. Parfois même sans verser le moindre remboursement pendant les cinq premières années. Désormais, les candidats à l’acquisition doivent poser au moins 15% du montant sur la table. Et la durée des prêts est souvent limitée à 50 ans. 

«Tout cela va exploser»

Niclas, 28 ans et deux enfants, a acheté son 46 m2 dans le centre de Stockholm avant la réforme. A 200.000 euros. Depuis, chaque mois, il paie seulement les intérêts. Qui s’élèvent à la moitié de son salaire. Mais ça ne l’inquiète pas: «Quand je le revendrai dans une dizaine d’années, il sera plus cher, donc je pourrai payer la banque».

Robert, 36 ans, technicien informatique, n’est pas de cet avis: «Les fleurons de l’industrie suédoise vont mal, les banques prêtent à tout le monde… Tout cela va exploser, j’en suis sûr». Cela lui rappelle les années 1990, quand la bulle immobilière a éclaté et que les banques se sont retrouvées en faillite. Entre 1990 et 1995, les prix avaient alors chuté de 25% en termes réels.

Si l’histoire venait à se répéter, au vu de l’endettement record des ménages suédois et surtout stockholmois, le Royaume de Suède replongerait dans une crise sévère.