Au cœur de l'Arbetsförmedlingen, le Pôle emploi suédois

Céline Boff

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L'Arbetsförmedlingen, le Pôle emploi suédois
L'Arbetsförmedlingen, le Pôle emploi suédois — Lennart Perlenhem

En Suède, ce n’est pas le plein emploi. La crise n’épargne pas l’industrie, dont la moitié de la production est vendue à l’étranger. Pourtant, le taux de chômage plafonne à 8,6%, contre 10,3% en France et 9,9% dans la seule métropole. A Stockholm, le chômage affiche même un taux de seulement 6,8%. Comment le Pôle emploi suédois gère-t-il ces chômeurs? C’est le deuxième reportage de notre série consacrée au royaume nordique.

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De notre envoyée spéciale à Stockholm

Victoria est une jolie blonde de 44 ans. Quand elle s’est séparée de son petit ami new-yorkais, elle a quitté la mégalopole américaine pour rentrer chez elle, à Stockholm. Depuis, elle pointe à l’Arbetsförmedlingen, le Pôle emploi suédois. Nous la rencontrons dans l’agence de Södermalm, où elle consulte les dernières annonces mises en ligne. «Je n’ai pas de diplôme universitaire, alors, c’est dur», explique-t-elle.

Pourtant, elle ne se décourage pas. «Je me sens très soutenue ici et je vais entamer une formation pour me reconvertir dans les métiers de la restauration. Je crois que nous pouvons tous être formés à n’importe quel job». C’est aussi l’avis de l’Arbetsförmedlingen, qui pense que «chaque individu dispose de ressources pouvant être utilisées dans un travail» et «qu’il a en lui un potentiel de changement et de progression personnelle».

1.600 euros maximum d’indemnités

Côté fonctionnement, petite surprise: contrairement à Pôle emploi, l’Arbetsförmedlingen ne s’occupe pas de l’indemnisation des chômeurs. Qui est d’ailleurs conditionnée à la possession d’une «A-Kassa», comprenez d’une assurance à contracter pendant que l’on travaille et dont la cotisation varie de 10 à 40 euros par mois. «Plus il y a de chômage dans son secteur, plus on paie», résume Fredrik Möller, le responsable communication de l’Arbetsförmedlingen. Qui précise: «ces assurances sont gérées par les syndicats. Mais les fonds versés par les travailleurs ne représentent que 20% des indemnités, 80% proviennent de l’Etat.»

Au chômage, un Suédois est censé toucher 80% de son ancien revenu, mais avec un maximum de 680 couronnes par jour. Soit environ 1.600 euros par mois. Une indemnité qui n’a pas été réévaluée depuis 10 ans. Et comme le revenu moyen est d’environ 3.200 euros, la majorité des Suédois gagnent en fait 55% de leur ancien salaire.

Rémunération à la performance des agents

A peine inscrit, le demandeur d’emploi signe son «handlingsplan», son plan personnel. Où sont détaillés les objectifs à atteindre, les formations à suivre, les stages à effectuer. Un seul manquement et les allocations sont suspendues. Ou arrêtées. Passé 300 jours, s’il n’a pas retrouvé un job, l’accompagnement passe à la vitesse supérieure. Soit encore plus de formation, de stage et de coaching.

Et les conseillers sont très motivés. Entre autres parce qu’ils sont rémunérés à la performance. «Le salaire d’embauche ne suit pas de grille et dans notre agence, l’augmentation annuelle varie de 2 à 5%, en fonction de l’atteinte de nos objectifs», précise Fredrik Möller. Car l’Arbetsförmedlingen est indépendante. Si l’Etat lui fixe un budget et des objectifs, c’est l’agence qui décide de la stratégie à adopter. Et de la gestion de ses ressources humaines, depuis le recrutement jusqu’au licenciement.