«Flexisécurité»: La France doit-elle s'inspirer de la Suède?

REPORTAGE Alors que l'Europe est empêtrée dans la crise, la Suède affiche une bonne santé économique. «20 Minutes» est parti à la découverte de ce modèle et vous propose une série de reportages. Ce mercredi, plongez dans l'organisation du marché du travail en Suède...

Céline Boff

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A Stockholm, le 7 décembre dernier.
A Stockholm, le 7 décembre dernier. — Céline Boff

En France, la flexisécurité est au cœur de l’actuelle négociation sur l’emploi entre les syndicats et le patronat. Les pays scandinaves sont souvent cités comme une référence en la matière. Mais comment le marché du travail s’organise-t-il en Suède? C’est le premier reportage de notre série consacrée au royaume nordique.

>> Mercredi: Au cœur de l’Arbetsförmedlingen, le Pôle emploi suédois

>> Jeudi: Immobilier: L’encadrement des loyers à Stockholm, ça fonctionne?

>> Vendredi: Volvo, Ikea, H&M, Spotify, Skype… Comment la Suède fabrique ses champions

De notre envoyée spéciale à Stockholm

A l’aéroport d’Arlanda, les employés de la compagnie SAS tentent de faire bonne figure, mais le cœur n’y est pas. Il y a trois semaines, leurs syndicats ont signé le plan de restructuration présenté par la direction. Il prévoit des licenciements, des baisses de salaires pouvant atteindre les 15% et un allongement du temps de travail, notamment pour les pilotes. «Et nous avons tout accepté», peste un steward.

A quarante kilomètres de là, dans le centre de Stockholm, Tobbe, 51 ans, salarié dans une agence de voyage, sirote sa Norrlands Guld, une bière locale. «Je ne sais pas si notre marché du travail est flexible, mais une chose est sûre, l’esprit suédois, c’est tout le monde est contre, et une semaine plus tard, tout le monde accepte». Pourquoi? «Peut-être parce que nous n’aimons pas le conflit.»

La recherche du consensus

De sensibilité «centre gauche», Boa Ruthström dirige le groupe de réflexions Arena Idé, l’un des think tank les plus influents du pays. «En Suède, la règle est le CDI, y compris pour les intérimaires, recrutés en contrat permanent dans les agences de travail temporaire. Mais partout, le CDD progresse, tout comme les contrats à l’heure et le temps partiel. Les jeunes et les immigrés sont les plus touchés et cela affecte leur vie privée: accéder au logement, fonder une famille… Tout devient plus compliqué.»

Le libéralisme régnerait-il en Suède? Le marché du travail est en fait très réglementé. «Licencier est extrêmement difficile», assure Boa Ruthström, «sauf lorsque l’entreprise rencontre des difficultés économiques».

«En Suède, la flexibilité vient de la force de la discussion entre les syndicats et le patronat», estime Pierre-Maurice Aflalo, président de la Chambre de commerce française en Suède. «Le dialogue est permanent et la transparence est de mise. Il n’y a jamais de surprise et tout se fait dans le consensus.» Des licenciements en vue? La première règle à respecter est celle du «last in, first out». Autrement dit: les derniers embauchés seront les premiers virés.

75% des Suédois sont syndiqués

«Le modèle économique suédois pourrait se résumer par son bon système de résolution des problèmes. Donner de vrais pouvoirs aux partenaires sociaux, c’est les rendre responsables, et un syndicat fort n’a pas besoin de multiplier les grèves», analyse Boa Ruthström, qui rappelle que «75% des Suédois sont syndiqués, un record mondial».

La tradition profondément égalitariste de la société suédoise influence également son rapport au travail. Un jour, Frédéric Laziou, trentenaire français installé à Stockholm, a voulu s’entretenir avec le directeur technique d’Ericsson. Il a appelé le standard, sans trop y croire. Deux minutes plus tard, il était bel et bien en ligne avec le n°2 du groupe. En Suède, nul ne se sent au-dessus des autres. Etre chef ne donne pas droit à une place de parking et tout le monde se tutoie – le vouvoiement a été aboli dans les années 1960.