Restructuration chez PSA: Les négociations entrent dans le dur

Claire Planchard

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Le 28 juin 2012, les salariés et ouvriers des usines PSA Peugeot Citroën de France d'Espagne et d'Allemagne manifestaient devant le siège de PSA avenue de la grande armée à Paris.
Le 28 juin 2012, les salariés et ouvriers des usines PSA Peugeot Citroën de France d'Espagne et d'Allemagne manifestaient devant le siège de PSA avenue de la grande armée à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Fini le temps de l’expertise, place à la négociation. Le cabinet d’experts Secafi, mandaté par les représentants du personnel le 25 juillet pour évaluer la situation économique et la stratégie du groupe, a officiellement présenté son rapport ce mardi en comité central d’entreprise extraordinaire.

Un avis défavorable mais consultatif

L’essentiel du diagnostic était déjà connu: une situation financière effectivement très grave mais des remèdes excessifs, notamment en termes de diminution d’effectifs.

Et c’est sur la base de ses conclusions que l’intersyndicale CFDT, CFTC FO et CGSEA (le syndicat maison) a rendu sans surprise mardi un avis défavorable au projet de suppression de 8.000 postes défendu par la direction. «Dans cette situation, dont nous ne nions pas l'extrême gravité, les organisations syndicales estiment  que l'ampleur du plan proposé n'est pas recevable. Elles n'admettent pas que les salariés constituent une fois de plus la variable principale d'ajustement consécutive aux erreurs de stratégie accumulées au fil des années», explique leur communiqué commun. La veille, la CGT avait elle aussi jugé le plan Varin «inacceptable» et «dangereux».

Une opposition qui ne devrait pas faiblir alors que selon les syndicats, le groupe envisage 1.500 départs naturels non remplacés d'ici à mi-2014, qui s'ajouteront aux 8.000 postes supprimés dans le cadre de sa restructuration. «Cela durcit encore l'addition qui était déjà salée. C'est monumental», a commenté Christian Lafaye, délégué central FO.

Mais ces  avis sont purement consultatifs: «Quelle que soit notre position, la direction compte continuer», précisait Franck Don, délégué central de la CFTC en marge de la réunion. «Après six mois de suspension, les négociations vont enfin pouvoir entrer dans le vif du sujet. Elles devraient déboucher sur un accord qui permettra, espérons-le, de concrétiser le plus rapidement possible le plan d'action», résumait mardi matin un porte-parole du groupe.

Des négociations déjà entamées

En pratique, les discussions ont en réalité déjà commencé à avancer. Sur le volet social, d’abord, la direction avait accepté d’ouvrir des discussions le 25 octobre dernier sur les mesures d’accompagnement des 8.000 salariés visés. Seniors, personnes fragiles et handicapées, transferts professionnels, réindustrialisations, mobilités externes et internes et outils à mettre en place pour gérer la période transitoire: au total, sept grandes thématiques de négociations ont été retenues et une vague de six réunions a déjà débuté.

Sur le volet industriel, des réunions tripartites (direction, Etat, syndicats) ont également été organisées début novembre pour les deux dossiers les plus chauds: Rennes, où 1.400 postes doivent être supprimés, et pour les 4.000 salariés de l’usine d’Aulnay dont la fermeture est programmée en 2014. Il ne fait aucun doute que les deux sites seront au cœur des négociations des prochaines semaines.

Contre-propositions

Deux syndicats avaient déjà livré mardi matin leurs contre-propositions. Parmi les pistes de réflexion de la CGT, la répartition des productions entre les sites, y compris celui d’Aulnay, en utilisant la souplesse du site de Mulhouse. La CFDT, elle, préconise de travailler 32 heures sur le site d'assemblage de Poissy (Yvelines) «pour accroître l'ouverture de postes pour des salariés d'Aulnay-sous-Bois, mais aussi à Rennes en «attendant le rebond de production dû au renouvellement de la C5 (en 2016, ndlr) et la 508».

Les deux syndicats demandent également aux actionnaires d’assumer leurs responsabilités. «Ceux-ci doivent mettre la main à la poche d'une façon aussi prompte qu'ils ont engrangé des dividendes et autres stock-options», explique la CFDT dans son communiqué. La CGT souligne quant à elle la nécessité d'une restructuration financière et préconise un apport de 1,5 milliard d'euros au capital de PSA de la famille Peugeot et de ses sociétés financières FFP et Peugeot Frères.

L’agenda et le calendrier précis des discussions étaient ce mardi au cœur des discussions du CCE qui promettait de se terminer très tard dans la soirée.Elles devraient reprendre mercredi.