La Syrie vit dans une économie de guerre civile

SOCIAL Les systèmes de subsistance et les circuits parallèles nés des rapines se multiplient en Syrie...

avec AFP

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La Syrie vit désormais dans une économie de guerre civile, où se mêlent les systèmes de subsistance, les circuits parallèles nés des rapines et la bureaucratie officielle, qui continue de collecter des impôts et de verser les salaires des fonctionnaires.
La Syrie vit désormais dans une économie de guerre civile, où se mêlent les systèmes de subsistance, les circuits parallèles nés des rapines et la bureaucratie officielle, qui continue de collecter des impôts et de verser les salaires des fonctionnaires. — Louai Beshara afp.com

La Syrie vit désormais dans une économie de guerre civile, où se mêlent les systèmes de subsistance, les circuits parallèles nés des rapines et la bureaucratie officielle, qui continue de collecter des impôts et de verser les salaires des fonctionnaires.

"Après 21 mois de révolte et avec des territoires qui échappent au régime, on ne peut plus parler d'+une+ économie syrienne. Il y a désormais une mosaïque d'économies", affirme Jihad Yazigi, directeur de la revue économique en ligne Syria Report.

Pour cet expert, "les observateurs continuent à suivre les indicateurs formels, comme le taux d'inflation ou le cours de la monnaie, mais en réalité, la plus grande partie de l'économie ne correspond plus à ces chiffres".

Qu'on se trouve dans une zone contrôlée par le régime, par les rebelles ou assiégée, affirmer que l'inflation serait en août de 40%, selon les chiffres officiels, ne veut plus dire grand-chose.

Dans la Vieille ville de Homs (centre), bouclée depuis six mois par l'armée, quelques centaines de familles vivent dans l'indigence. "Nous n'utilisons pas d'argent, c'est inutile, plus rien n'arrive de l'extérieur", assure un militant, Abou Bilal, joint par Skype.

"On se débrouille tout seul. On utilise ce qui reste dans les magasins abandonnés de l'ancien marché", explique-t-il. Chaque jeudi, des militants distribuent à chaque famille thé, sucre, blé concassé, riz, huile et une boule de suif, mais bien sûr, ni légumes, ni viande.

Rien à voir avec Damas, contrôlée par l'armée, où les fruits et légumes venant de toute la Syrie, et même d'Egypte et de Jordanie, convergent vers l'immense Souk al-Hal, dans l'est de la capitale, alors même que les prix ont doublé.

Car l'agriculture fonctionne. Dans le nord, la cueillette d'olives bat son plein et ailleurs, les champs sont cultivés.

La Syrie continue même d'exporter vers l'Irak et le Liban. Un marchand libanais de volailles assurait récemment recevoir régulièrement de Homs des centaines de milliers d'oeufs et de poulets. Les étals de Bagdad regorgent de fruits et légumes en provenance de Syrie.

En revanche, l'industrie agonise. "La plupart des usines ont fermé par manque de sécurité ou de mazout. Leurs propriétaires se bornent à écouler leurs stocks", assure un dirigeant de la chambre de l'Industrie d'Alep (nord).

Economie de prédation

Mais l'économie de prédation est en plein essor. A Homs, le "marché sunnite" a surgi dans le quartier alaouite de Nozha. "On brade pour une bouchée de pain ce qui a été volé dans les quartiers sunnites pris par l'armée", confie un habitant.

"Les chabbiha (miliciens pro-régime) +vendent+ des rues, c'est à dire qu'ils se font payer pour laisser des personnes piller des maisons", ajoute-t-il.

Dans les zones rebelles du nord, ce sont les maisons des chabbiha qui ont été "réquisitionnées" et de nombreuses grosses cylindrées sont revendues au marché noir, a constaté un journaliste de l'AFP.

L'enlèvement crapuleux est florissant. "Même si le montant des rançons a diminué car les hommes d'affaires ont quitté la région, beaucoup de groupes armés sont impliqués dans les rapts", assure Fouad, un militant d'Alep.

A cela s'ajoute le rançonnement des camions. "Sur la route, il faut payer sa dîme pour franchir les barrages tenus par les militaires ou les rebelles", assure Abdel Karim, qui possède une compagnie de transports à Alep.

La contrebande avec la Turquie bat son plein depuis que les rebelles contrôlent les postes-frontières. Et même si la livre syrienne s'érode (un dollar vaut 90 LS contre 70 en septembre), elle reste la monnaie de référence sur tout le territoire.

Parallèlement, l'économie officielle fonctionne: les impôts sont collectés dans les régions sous contrôle de l'Etat et les salaires sont envoyés à tous les fonctionnaires. Ceux qui vivent dans les zones rebelles, où les banques ont fermé, viennent les encaisser dans les secteurs gouvernementaux.

"A Alep, un avion transporte les fonds de la Banque centrale et les sommes sont distribuées dans les banques. Cela permet à tous les fonctionnaires de retirer leur salaire dans les distributeurs", assure Samer, employé dans une banque publique du centre-ville.

Si les sanctions européennes frappent durement les Syriens, l'accord de troc passé cet été avec la Russie, tout comme le prêt bonifié d'un milliard de dollars obtenu auprès de l'Iran, indiquent que les autorités se battent avec acharnement pour maintenir en vie l'économie, nerf de la guerre.