L'évasion fiscale dans les Bermudes profite bien à Google

ENTREPRISE Rien d'illégal mais Google économise plus de 2 milliards de dollars en impôts grâce à d'astucieux montages financiers, selon un rapport de Bloomberg...

P.B.
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Le logo de Google, la firme de Mountain View.
Le logo de Google, la firme de Mountain View. — Paul Sakuma/AP/SIPA

Voilà qui ne va pas apaiser les gouvernements européens. On savait déjà que Google, comme la plupart des grands acteurs internationaux, profitait des paradis fiscaux. Lundi, Bloomberg a chiffré la combine: l'entreprise, qui a payé 1,5 milliard de dollars d'impôts sur les sociétés dans le monde en 2011, économise environ 2 milliards de dollars en redirigeant 80% de ses revenus vers les Bermudes.

>> Comment l'entreprise diminue ses impôts en France? Décryptage ici

Bloomberg a passé au crible une publication financière de Google aux Pays-Bas, l'un des deux pays, avec l'Irlande, utilisés dans le montage. Les paiements effectués à une filiale domiciliée dans les Bermudes ont presque doublé depuis 2008, de 5,4 milliards à 9,8 milliards de dollars, alors que les bénéfices de Google ont grimpé au même rythme à l'étranger. Ceci a permis de faire baisser le taux d'imposition global de l'entreprise de 28% à 21%.

 

«Double Irlandais» et «sandwich hollandais»

Le montage se fait en quatre temps. Google achemine ses bénéfices européens dans une filiale basée en Irlande. L'entreprise tire ensuite parti d'un mécanisme de l'UE et redirige les fonds vers une société fille basée aux Pays-Bas, qui les renvoie vers une seconde filiale irlandaise dont le centre de management est installé aux Bermudes, un paradis fiscal où l'imposition des entreprises est minimale. C'est le principe du «double irlandais» combiné au «sandwich hollandais». Les bénéfices sont enfin rapatriés aux Etats-Unis, où ils ne sont que faiblement taxés car ils proviennent de l'étranger.

 

Google, Amazon, Facebook, Microsoft, Apple... Tous les géants américains sont dans le collimateur de l'UE. Selon le président UMP de la commission des finances du Sénat, Philippe Marini, ils ne paient en France que 4 millions d'euros d'impôts alors qu'ils devraient normalement s'acquitter d'au moins 500 millions d'euros.

 

Combien de temps pourront-ils profiter des paradis fiscaux aux Bermudes ou aux Iles Caïmans? François Hollande a reçu le président de Google, Eric Schmidt, fin octobre, et menace de faire voter une loi «si nécessaire». Le Royaume-Uni et l'Italie y songent également. Aux Etats-Unis, Barack Obama a averti pendant sa campagne que les Etats-Unis allaient arrêter de récompenser les entreprises qui profitent des combines offshore. Mais l'été dernier, un vote du Sénat a prolongé de deux ans le faible taux d'imposition sur les revenus étrangers.