Des crédits qui ne trouvent pas acquéreurs

IMMOBILIER Malgré des taux de prêts historiquement bas, le marché reste grippé...

Claire Planchard

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Une maison à vendre à Merville (59)
Une maison à vendre à Merville (59) — P. HUGUEN / AFP

«Banquiers cherchent désespérément emprunteurs». Voilà le leitmotiv des spécialistes du crédit immobilier en cette fin d’année. Entre janvier et novembre, la production de nouveaux prêts s’est réduite de 32,6% par rapport la même période en 2011, selon une étude de l’Observatoire Crédit Logement/CSA publiée mardi.

Des taux au plus bas depuis deux ans

Un effondrement qui intervient alors même que le taux d’emprunt moyen s’approche actuellement de son plus bas historique d’octobre 2012, à 3,31% contre 3,25%, note l’étude.  Et que les banques ont tendance à assouplir leurs conditions d’octroi.

«Actuellement, satisfaire le critère de 30% d’endettement suffit, l’apport personnel exigé se limite aux frais de notaire et en faisant jouer la concurrence, l’emprunteur peut même facilement obtenir des décotés par rapport aux barèmes de taux affichés par les banques», observe Maël Bernier, porte-parole du courtier Empruntis.com. Avec un «super bon dossier», il n’est pas rare ainsi d’emprunter à 3% sur 20 ans, contre 3,5% en moyenne. Un record, qui pourtant ne suffit pas à faire franchir le pas aux aspirants acquéreurs.

Acheteurs et vendeurs paralysés

«Nous sommes dans un marché immobilier bloqué où acheteurs et vendeurs se regardent en chien de faïence, estimant que ce n’est ni le moment d’acheter, ni celui de vendre. Voilà la racine du mal», résume Sebastien de Lafond, PDG de Meilleursagents.com. «Dans les centres villes dynamiques où le marché est tendu, les acheteurs attendent une baisse des prix de 15 à 20% qui n’arrivera pas car on a perdu presque autant de vendeurs (-30%) que d’acheteurs (-40%)», souligne le spécialiste.

«Force est de constater que malgré des taux aussi bas, le marché est grippé avant tout en raison d’une inadéquation entre le prix de vente rêvé par les vendeurs et le vrai pouvoir d’achat des acquéreurs» observe pour sa part Bernard Cadeau, le président du réseau Orpi.  «Pourtant, si les vendeurs se mettaient au diapason du marché en baissant leur prix, ils ne perdraient pas d’argent, car ils retrouveraient cette baisse en bonus au moment de leur nouvelle acquisition» assure-t-il.

Ces arguments économiques, martelés depuis plusieurs mois par les professionnels, ne semblent toutefois pas faire le poids face à la sinistrose ambiante. «Les blocages psychologiques sont les plus difficiles à combattre»,  reconnait Bernard Cadeau. Si la suppression en début d’année du prêt à taux zéro dans l’ancien et les atermoiements sur la fiscalité du logement n’ont rien arrangé, la peur de l’avenir semble bien aujourd’hui le principal frein à l’achat immobilier. «Les gens se disent qu’ils ne vont pas s’endetter sur 20 ans alors qu’ils ne sont pas sûr d’avoir un job dans six mois», résume la porte parole d’Empruntis.