Comment Valeo mise sur l’innovation

COMPETITIVITE L'équipementier auto a fait de la recherche et développement le fer de lance de sa stratégie. Avec succès...

Claire Planchard

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 Au centre d'étude de Valeo à Bobigny.
 Au centre d'étude de Valeo à Bobigny. — FACELLY/SIPA

C’est une «chambre noire» où il faut montrer patte blanche. On y accède par un escalier dérobé, après plusieurs portes de sécurité. C’est là, dans un tunnel long de 80 mètres situé au sous-sol de son centre d’étude de Bobigny (Seine-saint Denis), que Valeo teste ses dernières trouvailles en matière d’éclairage, la spécialité des 314 chercheurs du site.

Des équipementiers «fournisseurs de technologies»

Pluie, brouillard, sol réfléchissant: toutes les conditions de conduite peuvent y être recréées. «Il y a moins d’une dizaine de tunnels de ce type dans le monde. C’est un moyen d’essai très sécurisé car les constructeurs tiennent à préserver la confidentialité de leurs futurs phares qui sont des composants déterminants de leur identité de marque», explique Guillaume Devauchelle, le directeur de la R&D de Valeo.

Actuellement, l’équipementier y teste «Beamatic Premium Led», un système qui «permet de toujours rouler en plein phare sans jamais éblouir personne». Caméras, capteurs, logiciels, LED: les technologies dernières cris sont embarquées dans ces phares pour créer confort de conduite et sécurité optimaux. «En quelques années les équipementiers sont passés de fournisseurs de composants à fournisseurs de technologies et de systèmes», résume Guillaume Devauchelle.

La valeur ajoutée, clé de la compétitivité

Un virage que Valeo a su prendre avec succès grâce à la stratégie d’internationalisation et d’innovation impulsée depuis 2009 par son nouveau directeur général, Jacques Aschenbroich. Trois ans plus tard, le groupe réalise 30% de son chiffre d’affaires première monte (en direct avec les constructeurs) avec des produits innovants et réinvestit 9,5% de son chiffre d’affaires dans la R&D. Et au troisième trimestre 2012, il a réalisé pour la première fois moins de 50% de son chiffre d’affaires avec des clients d’Europe, contre 54% en Asie et dans les pays émergent. Une diversification qui s’avère un rempart précieux contre la morosité du marché automobile européen et l’obsession des réductions de coût.

««Valeo est un spécialiste de la production en volume et du coût avec des standards qui sont industrialisés au 10e de centime près. Mais après il y a ce qui est personnalisé pour le constructeur et qui va être négocié séparément. Or la perception des coûts n’est pas du tout la même d’un pays à l’autre. Cette compréhension du client est faite avec des études locales,  que ce soit aux Etats-Unis ou en Chine par exemple. Au-delà de la chasse aux coûts on travaille donc surtout la valeur ajoutée», explique Guillaume Devauchelle. En bref: si on donne envie au client, il est prêt à payer plus..

Pour garder un coup d’avance dans cette «compétitivité hors coûts», Valeo construit ses «feuilles de route» R&D sur plus de dix ans en s’associant à de grandes écoles et universités mais aussi en sondant sociologues et philosophes pour anticiper les attentes des automobilistes de demain. «Le rôle de nos ingénieurs, c’est de garder cette sophistication pour eux, pour que ce soit le plus simple et intuitif pour vous», résume le patron des études.