Les monnaies locales, comment ça marche?

FINANCE La ville de Montreuil réunit samedi et dimanche les «6e rencontres nationales des monnaies locales»...

Claire Planchard

— 

Un client paye avec des billet d'Occitans, une monnaie locale à Pézenas, le 25 janvier 2012.
Un client paye avec des billet d'Occitans, une monnaie locale à Pézenas, le 25 janvier 2012. — PASCAL GUYOT / AFP

Muse, Luciole, Sol Violette, Occitan, Canut ou Grain. Bienvenue dans le lexique imagé des «monnaies locales» françaises.  Au total, 17 monnaies de ce type circuleraient dans le pays et presque autant sont en projet. Un phénomène qui ne date pas d’hier mais qui a pris un nouvel élan ces dernières années, porté par une nouvelle vague de militantisme critique vis-à-vis du système financier spéculatif.

Une nouvelle génération éthique et écolo

«Ces monnaies parallèles existent en France depuis les années 1990, sous la forme des systèmes d'échange local ou plus récemment des banques de temps, deux systèmes de comptabilisation des échanges de services sans circulation de monnaie physique», rappelle Jérôme Blanc, maître de conférence en sciences économiques à l’Université Lumière Lyon 2 et spécialiste de la pluralité des monnaies. «Mais on assiste depuis 2010 à l’apparition d’une nouvelle génération de monnaies circulant sous format papier dans une localité, avec l’objectif de contribuer au développement d’une économie locale et d‘emplois non délocalisables avec, et c’est une spécificité française, une dimension environnementale, sociale ou éthique», observe le spécialiste.

Dans la pratique, rien de bien compliquer. Autour d’Angers, l’association «Agir pour la transition» propose depuis le mois d’avril à ses adhérents de convertir leurs euros en « Muse » (Monnaie à Usage Solidaire et Ecologique) pour les utiliser chez une quarantaine de prestataires. «Cela fonctionne comme des bons d’échange à durée de vie limitée pour accélérer leur circulation». explique Philippe Floris son co-fondateur. L’argent collecté est placé sur un compte dans une banque solidaire NEF et servira à aider des projets, comme l’aide à l’installation d’agriculteurs par exemple

A Toulouse, les Sol Violettes lancées en 2011 comptent déjà 800 adhérents et 100 commerces partenaires «dans l’économie sociale et solidaire, le développement durable ou le secteur commercial classique», détaille Andrea Caro, chargée de mission.  Ce projet d’envergure s’est monté en partenariat avec le Crédit coopératif et la mairie de Toulouse: la première convertit les euros qui sont placés sur un compte servant à financer des projets de microcrédit en faveur de personnes en situation d’exclusion financière. La seconde contribue à financer la distribution de Sol Vilolettes à des maisons de chômeurs.

Des développement encore limités

«Ces partenariats sont très intéressants car ils contribuent à rendre ces monnaies plus solides, plus visibles et à sensibiliser le milieu bancaire», observe Jérôme Blanc. Mais aussi à toucher un public plus vaste.

«La principale difficulté de ces systèmes est qu’ils restent principalement limités à des usagers qui ont déjà une sensibilité à l'égard des productions et commerces locaux et notamment des produits bio», note l’économiste.  Pour arriver à se développer, il leur faut aussi réussir à ne plus être cantonnés aux seuls moments de consommation, mais servir également à payer des fournisseurs et pourquoi pas une partie des salaries. «Inscrire ces monnaies dans un véritable circuit d’usages est un enjeu de réussite essentiel. Mais Il faut pour cela une grande variété de prestataires», souligne Jérôme Blanc. A ce jour la plus beau succès européen se trouve  en Bavière où quelque 3.000 utilisateur utilisent les « Chiemgauer » pour leurs échanges avec 600 entreprises commerces, et associations partenaires.