Gaz: Pourquoi les prix augmentent alors que les réserves s’accroissent aussi?

Céline Boff

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Illustration gaz.
Illustration gaz. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Votre facture de gaz va encore s’alourdir. Et ce, alors que le tarif réglementé a déjà augmenté de 79,6% depuis juillet 2005, selon des données de la CRE.

En juillet dernier, le gouvernement avait décidé de limiter cette hausse à 2% au 1er octobre. Mais jeudi, le Conseil d'Etat lui a demandé de revoir sa copie. Pourquoi? Tout simplement parce que les 2% de hausse ne respectent pas la formule tarifaire en vigueur en France pour calculer le prix du gaz –celle-ci exigeait une hausse de 6,1%.

Une indexation sur le pétrole qui «n’a pas de sens»

Pour les associations de consommateurs, c’est bien cette formule qui pose problème. D’abord parce qu’elle indexe, en France comme en Europe, le prix du gaz sur celui du pétrole. Un adossement d’autant plus artificiel à l’heure où, émergence des gaz de schiste oblige, les réserves en gaz naturel s’accroissent dans le monde. «Nous indexons une ressource de plus en plus abondante –le gaz– sur une ressource de plus en plus rare –le pétrole. Ça n’a aucun sens», avance Thierry Saniez, délégué général de l'association CLCV.

 Vient ensuite la question de l’approvisionnement des fournisseurs de gaz. A l’heure actuelle, deux possibilités sont offertes. Choisir les marchés spot, comprenez les marchés où le gaz s’achète au jour le jour et dont le prix est fixé dans l’instant –sans être adossé au pétrole. C’est sur ces marchés que l’on peut enregistrer de fortes baisses. Ou alors, opter pour les contrats de long terme avec des entreprises fournisseurs. Une voie plus sûre pour garantir l’approvisionnement des ménages au quotidien et donc l’indépendance énergétique de la France. Logiquement, GDF a signé de tels contrats, essentiellement avec des entreprises de Norvège, de Russie et d’Algérie.  

La formule tarifaire française tient donc compte de ces contrats pour fixer le prix réglementé du gaz en France. Et c’est ainsi que GDF justifie ses tarifs. Mais dans les faits, GDF s’approvisionne également sur les marchés spot. Dans quelle mesure? C’est toute la question.

En 2010, à la demande du gouvernement Fillon, une nouvelle formule tarifaire avait vu le jour. Une petite révolution, puisqu’elle intégrait désormais dans le calcul global du prix du gaz naturel un ratio de 10% issu du marché spot. Un an plus tard, nouveau changement: la part spot passait alors à 30%.

De quoi interroger le consommateur. Combien pèse précisément le spot dans le portefeuille d’approvisionnements de GDF Suez? 10%, 30%, davantage? Impossible à dire, faute de transparence, dénoncent les associations.

 Vers une nouvelle formule 

En tout cas, la formule tarifaire pourrait encore évoluer. En septembre, le gouvernement a demandé à GDF-Suez «de renégocier ses contrats d'approvisionnement afin de diminuer leur exposition aux prix du pétrole, lisser les hausses de tarifs dans le temps et préserver ainsi le pouvoir d'achat des consommateurs sans remettre en cause la sécurité d'approvisionnement», explique Delphine Batho, ministre de l’Energie. Les conclusions de ces travaux doivent être présentés le 10 décembre.

En attendant, si le prix du gaz augmente en France, il reste dans la moyenne européenne. En 2011, le kWh ressortait à 0,065 euro en France, contre 0,064 dans l’Union européenne et 0,071 dans la zone euro, selon Eurostat. La Roumanie bénéficie des plus bas tarifs, avec un kWh à 0,028 euro, et la Suède affiche le plus haut, à 0,117 euro.